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LA COMMANDERIE TEMPLIERE DE BEAUVAIS SUR MATHA

BEAUVAIS SUR MATHA

Une Commanderie Templière

Chambre Prieurale du Grand Prieuré d'Aquitaine au XVIe siècle

Fondation de la Commanderie de Beauvais Sur Matha

Ce serait le roi Louis VII dit « Louis le Jeune » (1120-1180), fils de Louis VI, dit « Louis le Gros », roi des Francs, et d’Adélaïde de Savoie qui aurait fondé la commanderie de Beauvais-sur-Matha. Selon certaines sources historiques cette fondation serait mentionnée dans un acte daté de la Pentecôte 1151. Bien que l’original de cet acte ait disparu, Louis VII donnait aux Templiers, le château et la châtellenie de Beauvais (Bazeis) avec toutes les possessions et droits qui y étaient attachés. La cérémonie de cette donation se tint dans la cathédrale d'Angoulême, en présence d'Hugues de Payns, Grand Maître de l’Ordre du Temple, de Gérard II, évêque d'Angoulême et légat du Saint-Siège, de Geoffroi, archevêque de Bordeaux, de Gilbert, évêque de Poitiers, de Bernard, évêque de Saintes, d'Hugues de Lusignan, comte de la Marche et d'Angoulême, d'Aimery, vicomte de Châtellerault, et de divers autres seigneurs. Selon d’autres historiens, comme Achille Luchaire et Anne-Marie Legras, ce document serait un faux, car Louis VII n’est jamais venu à Angoulême. De plus des incohérences de dates indiquent que la majorité des autres invités à la cérémonie étaient morts bien avant celle-ci. Ainsi Hugues de Payns était mort depuis 1136, Gérard II évêque d’Angoulême l’était également et en 1151 le diocèse était dirigé par Hugues II et Hugues de Lusignan n’était pas encore le seigneur de l’Angoumois et de la Marche. Ce document est donc un faux dont les auteurs pourraient être les Templiers ou les Hospitaliers eux-mêmes pour justifier leurs droits sur les possessions de la seigneurie de la commanderie de Beauvais-sur-Matha. Il nous en reste une belle légende régionale.

Le Logis et ses Fortifications

La première structure fortifiée de la commanderie serait apparue vers 1340, soit au tout début de la guerre dite, de Cent Ans (1337 à 1453).

Cette forteresse se serait dressée face à l’église, au sud de la cour. Elle possédait une enceinte et deux tours. A l’intérieur de cette cour cernée de hautes murailles le logis dressait sa silhouette massive. En 1655, un rapport de visite décrit la commanderie en ces termes : « ...un grant pant et longer de muraille... qui prend à ung des couingt du pignon de ladite église, au costé de la grande porte d'icelle, rendant jusqu'au foumiou et four banal dudit Beauvays, lequel pant de murailles fait le devant de la cour dudit chasteau et closture d'icelle, laquelle muraille contient 45 brasses de long, et plus, et a 2 brasses de haulteur. Au milieu duquel longer de muraille est fait à neuf un très beau et grand portai fait en voutte, le tout de pierres de taille, et à costé d'iceluy est fait ung aultre portai moyen, aussi voulté, le tout de pierres de tailles avec un pillier marcif de pierre de taille entre lesdits deux portaux et entre ledit grand portai et ladite église est faict dans ladite muraille ung demy rond de la haulteur de ladite muraille avec des cannonières pour deffandre lesdits portaux et la porte de l'église... [coût: 183 livres 5 sous]... Plus, ledit seigneur grand-prieur nous a fait voir un grand pant et longer de muraille qu'il a fait faire à neuf l'année dernière, 1654, pour closture de ladite cour, lequel dit longer de muraille prend au bout du logis du chasteau vers la grange, à une tour qui est à ung des couings dudit logis, et rendant jusqu'au couing de la grange qui est en la cour dudit chasteau; lesquelles murailles ont plus de deux brasses, ou toises, de hault, de 6 pied de long chacune toises. Et ledit seigneur grand-prieur nous a conduits... le long de la basse cour jusqu'à l'aultre bout dudit chasteau où estants il nous a fait voir ung aultre grand pant et longer de murailles qu'il a fait faire à neuf pour la closture de la cour dudit chasteau, laquelle prend à une tour qui est au bout dudit chasteau à ung des couings, rendant jusqu'à une vieille tour vers le bois de la Garenne, laquelle dite muraille a plus de 2 toises de haulteur; dans lesquels desdits deux longers et pants de murailles il y a en tout 116 toyses et demie de muraille [coût: 186 livres 8 sous]... lesquelles murailles ci-dessus desclarées font la closture et ranclos dudit chasteau qui estoit auparavant tout ouvert et à l'abandon. »

Puis la visite détaille la situation dans laquelle se trouve le corps de logis : « Et ce fait, nous sommes entrez dans le corps de logis dudit chasteau par un degré faict en avis dans un demi rond fort vieux, les marches et degrés d'iceluy fort usez. Lequel chasteau est composé d'ung grand corps de salle, sans doublages ny cheminée, ains seulement une partie des jambages d'icelle dans ung pignon, ruiné par le dedans de ladite salle ou estoit aultrefois ladite cheminée, et au derrière duquel pignon y a un entre deux, sans doublage, dans lequel pignon gasté y avoit aussi bien une cheminée, à l'opposite de l'aultre, qui estoit pour servir d'antichambre, y a une demie croixsée et au bout ung petit entre deux par lequel on va dans une petite tour qui est au bout dudit chasteau et, à l'aultre bout dudit chasteau y a une chambre où loge le concierge, dans laquelle y a une chesne, ou poultre, et de vieux soliveaux et quelques vieilles planches destachées et loing les unes des aultres, et la plus grande part où il n'y en a point, qui servoit aultre fois, par dessus, de greniers, avec une grande ouverture de fenestre en croixsée, les bois de laquelle sont vieux et gastés et, au bout de ladite chambre, y a un petit entre deux par lequel l'on vat dans une tour qui est au bout qui sert de prison, qui est tout le logement dudit chasteau et tout lequel logis est en bon estât de couverture... Et au dessoubz desdits bastiments dudit chasteau y a une très belle et grande cave, bien voultée de pierres, de la longueur de tout le corps dudit logis et de la largeur d'iceluy, laquelle nous avons trouvée en très bon estât. »

Près du mur de l’église se positionnaient les écuries et une belle et longue grange encore visible de nos jours. Ce bâtiment long de 33 mètres et large de 13 mètres, devait abriter les récoltes et c’est probablement en ce lieu que se percevaient les redevances. Un vestige d’ouvrage semi-cylindrique visible dans l’angle sud-ouest, rappelle vraisemblablement l’existence d’une tour ouverte à la gorge. Cette maçonnerie indique que la grange entrait dans le système défensif de la commanderie. Ce que confirment également la position des murs ouest et sud qui constituaient une partie de l’enceinte à cet endroit. Nous avons une description des lieux dans un document datant de 1718 qui décrit les lieux ainsi : « Et de là nous nous sommes transportés à une grande grange, qui fait une partie de la fermure de la cour, dans laquelle nous avons entré par une petite porte et avons veu que ladite grange est en fort bon estât, y ayant une partie d'une muraille qui a esté reffaite l'année dernier tout à neuf et une partie de la couverture aussy neuve, dans laquelle il y a six pilliers de pierre de tailles dont la cherpante apuit dessus et deux grands pourtaux, où on entre les cherettes, quy nous ont apareus bons, l'un desquels est au bout de ladicte grange et l'autre au mellieu, y ayant en icelle deux mets de treuil en assés bon estât et deux vieux tonneaux quy ne peuvent servir à rien. ».

A l’opposé de l’église était construit un long bâtiment rectangulaire possédait dans ses angles sud-ouest et sud-est deux constructions en demi-cercle. Cet emplacement est aujourd’hui occupé par des hangars. Ces édifices figurent sur le cadastre dit napoléonien de 1840.

Lors d’une visite effectuée en 1676, le commissaire fait état d’une longue liste de travaux à réaliser sur la charpente, au-dessus des greniers, qui était étayée en plusieurs endroits.

En 1729 et en 1739, les textes précisent que la commanderie est dans un état stationnaire car il n’est constaté aucune aggravation depuis les travaux réalisé précédemment. En 1755, la situation s’est aggravée et le château présente une urgence. La charpente des greniers menace de s'effondrer et il faut procéder rapidement à leur exécution. Ce qui semble avoir été fait car en 1776, le logis apparaît, dans l'ensemble, en bon état.

Parmi les autres dépendances de la commanderie se comptait le four banal de la commanderie qui était dit « proche la cour dudit château qui n'en est séparé que par un passage pour aller derrière la grange lequel passage despant esgalement de la commanderie et est muré tant du costé de la rue que du costé des jardins. » Les halles détruites dans les années 1960 se trouvaient au centre du bourg. Elles étaient garnies de bancs pour les marchands. Une description datant de l’année 1744 les dépeint ainsi : « Cette halle était, nous dit-on, « fort grande et spacieuse. Les halles de Beauvais ont 150 pieds de long sur 60 de largeur, ce qui fait 9 000 pieds de superficie qui composent 1 500 toises. Ces halles sont construites avec des bas cotez tout autour, soutenus par 44 pilliers de bois de chacun 10 pieds de hauteur. Le milieu des halles est soutenu par 24 pilliers de bois, 12 de chaque côté, chacun de 18 à 20 pieds de hauteur et 12 à 15 poulces d'écarrissage sur lequelz pilliers appuyent 12 belles fermes qui soutiennent la couverture. Là se tenaient les foires annuelles, le marché du vendredi et le marché aux grains du lundi ».

Dans les possessions de la commanderie se voyaient trois moulins ; deux moulins à eau, dits « Moulin Blanc » et « Moulin Noir » installés au sud de la commanderie, sur la rivière du Briou et le troisième dit « Moulin des Regrets » implanté au sud-est. L’IGN mentionne encore de nos jours l’emplacement de ces moulins qui étaient tous banaux.

Enfin dans deux autres documents datant de 1729 et 1739 il est apporté les précisions suivantes ; « Il n'y a aucune vignes, ny terres labourables despandante de laditte commanderie. La commanderie ne possédait aucun bois de haute futaie, mais seulement des bois de taillis, environ 360 journaux ».

Quels souvenirs de ce passé glorieux subsistent t-il aujourd’hui dans le paysage urbain de la cité ? Seuls quelques vestiges de l’enceinte dont la grange, vaste bâtiment fortifié, évoque le passé médiéval et l’emplacement de la commanderie à Beauvais-sur-Matha. Il subsiste deux tours de garde, un grand bâtiment où se trouvait le chemin de ronde et un puits en pierre monolithe.

Le village renfermerait des vestiges souterrains, des caves, des souterrains refuges et des ossuaires. Pour conclure il faut mentionner que le commandeur de Beauvais-sur-Matha avait en outre la présentation et la nomination à la cure de Saint-Martin de Barbezières en Charente, au moins depuis le XIVe siècle. Il percevait également la dîme dans cette paroisse.

L'Eglise Notre Dame

La chapelle de la commanderie de Beauvais-sur-Matha est un édifice qui fut construit au XIIe siècle. Le 30 juin 1910 sa façade et son clocher carré fortifié du XIVe siècle, seront classés aux Monuments Historiques. L’une des premières mentions officielles et sérieuses évoquant l’existence de l’église de Beauvais-sur-Matha est la suivante ; « En 1295, un bourgeois de Beauvais-sur-Matha, Guillaume de Le Court, fait dans son testament divers legs à la maison du Temple et à l'église paroissiale de Beauvais qui en dépend. Parmi les trois personnages qui ont authentifié de leurs sceaux ce testament figure frère Pierre de Tours, commandeur de Beauvais-sur Matha. »

L’une des plus anciennes descriptions de l’église datant de 1655 consigne de précieux renseignements sur sa fondation. Ce procès-verbal de visite nous rapporte que l’église est ; « fondée en l'honneur de l'Assumption de Notre-Dame », « …….est très grande, longue, haulte et spacieuse. Au-dessus du grand autel, dans le choeur, on voyait ung grand tableau de peinture sur toille enchâssé en bois où est représanté l'Assumption de Notre-Dame et la Coene ». Il y avait deux autres autels, « ...l'autel du Rosaire, qui est renclos dans une petite chapelle à l'ung des costés de ladite église, du costé senestre, au-dessus duquel autel y a ung grand tableau sur toille peinte enchâssé en bois où est représanté le mystère du Rosaire... plus ung autre autel, entre le grand autel et ledit autel du Rosaire au-dessus duquel y a ung grand tableau sur toille peinte, enchâssé en bois sur lequel est représanté une énigme de la fuitte de Notre Seigneur en Egipte avec l'image de la Vierge et celuy de saint Joseph.... ».

En 1676, une nouvelle visite de l'église paroissiale la trouve ; « …..est treuvée en mauvais estât, notamant la muraille qui suporte la cherpante du costé de septentrion, depuis la porte par laquelle on entre au cloché jusques au coeur; qu'il fault aussy pour recouvrir le coeur de ladite églize un demi millier de tuille, trois cents de latte, trois boisseaux de chaud et quinze livres pour la payne des ouvriers. »

Tout au long des XVIIe et XVIIIe siècle, s’enchaîneront des rapports de visites qui mentionneront l’état de l’église et des bâtiments ainsi qu’une liste de

travaux à exécuter pour sauver le bâti. Malheureusement les réparations et restaurations arriveront trop tardivement et certaines parties des édifices disparaîtront.

Les Graffiti de la Chapelle Notre Dame

Leur nombre est insignifiant. Nous n’en avons retrouvé que six. Pour trois d’entre nous pouvons affirmer qu’ils sont le fait de tailleurs de pierre. En ce qui concerne le graffiti le plus intéressant et le plus grand gravé sur une pierre, nous pensons qu’ils pourraient montrer deux personnages dont on devine la tête et une partie du buste. Le premier, à gauche semble posséder ses deux bras, l’un tendu devant lui, la main dirigée vers le haut, l’autre relevé vers l’arrière, comme le font les escrimeurs. Le second individu laisse entrevoir une forme de tête dotée d’un gros œil dont un bras est levé devant lui. Nous n’avons aucune hypothèse à formuler à leur sujet. Il est difficile d’interpréter ces deux figures.

Avant d’emprunter cet escalier, il y a sur un mur proche de celui-ci, une grande épure gravée sur plusieurs niveaux de rangées de pierre. Cette « Chambre de Trait » est le fait du compagnon qui dirigeait le chantier de l’église. Son tracé était destiné à servir aux compagnons tailleurs de pierre pour réaliser leurs travaux.

Ces graffiti se dégroupent en cinq familles bien distinctes. Nous avons la gravure de deux navires, dont l’un est apparenté au pèlerinage jacquaire, puis plusieurs vestiges de textes, de dates et de noms de personnes. Mais les plus importants se concentrent principalement sur les marques de tailleurs de pierre, le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et pour terminer quelques graffiti en liaison avec la chevalerie et l’héraldique.

Les Navires

Le premier est une petite embarcation qui semble avoir toute voile dehors. C’est un frêle esquif qui semble juste bon à naviguer dans un estuaire ou une rivière. Il semble y avoir à l’intérieur un petit personnage de profil, la tête et le torse tournés sur la droite dont on devine le visage, le nez et le haut du buste. Il paraît en position assise. La coque du bateau est nettement visible.

Le second dévoile une moitié de navire à la proue relevé, dont la coque est striée de lignes courbes et horizontales. Il y a peu d’éléments supplémentaires qui apparaissent.

Le dernier sujet montre une grande barque à l’intérieur de laquelle se trouve un homme assis gravé de face au visage dont les traits sont nettement précisés. La tête est carrée et on devine clairement les yeux, le nez et la bouche. Il est en position assise et la position du bras gauche, allongé devant lui, donnent l’impression qu’il est en train de ramer. Il fait face à gauche, la proue du bateau pointe vers la droite. Au-dessus de celle-ci se voit l’empreint d’un pas au contour parfaitement défini. Ce dessin nous indique qu’un pèlerin de Saint-Jacques est entré dans la tour de l’escalier et y a gravé l’empreinte de sa chaussure. Cette pratique était coutumière à l’époque médiévale.

Blason, Ecu et Hommes d’armes

Le premier blason est gravé dans un plan incliné sur la droite. C’est blason du XVe siècle, portant deux bandes de face sans autre ornement. Nous pouvons émettre aucune appartenance à un seigneur local ou commandeur de la commanderie. Le second blason, est nu de tout motif. De par sa forme il est possible de la dater du XIIIe Siècle. Le troisième motif s’apparente plus à un écu du XIIIe siècle qu’à un blason seigneurial. Il porte sur sa face une croix traversée par un trait vertical qui partage ce bouclier en deux parties. Aucun autre détail n’apparaît sur la gravure.

Trois personnages furent retrouvés sur les blocs de la cage d’escalier. Le premier au visage stylisé ou encore portant un heaume de chevalier semble tenir un écu qui lui recouvre le corps en totalité. Il semble tenir une lance. Le second est un cavalier très estompé dont nous avons tenté de reconstituer les contours. Quant au troisième, il ne fait aucun doute sur sa nature. Nous sommes en présence d’un homme armé d’une épée. Son bras droit semble prêt à dégagée celle-ci de son fourreau comme s’il était prêt à en découdre avec un adversaire. Il semble coiffé d’un chapeau de style bicorne. Les traits du visage sont précis et il paraît porter une sorte de barbichon pointu.

Les Marques de Tailleurs de Pierre

Elles sont gravées en grand nombre. Certaines parfaitement distinctes et compréhensibles, d’autres plus difficiles à interpréter. La marque la plus intéressante une série de cercle au diamètres important couvrant tout une partie de mur. Nous avons recensé six cercles, tous parfaits, tracés au compas par une main experte. Cette figure géométrique montre la parfaite maîtrise avec laquelle elle a été exécutée, probablement par le maître compagnon en charge de la direction du chantier. Une autre marque est parfaitement lisible. Il s’agit d’une superbe fleur de lys, travail de gravure d’un tailleur de pierre. A un autre endroit, un autre artisan nous à laissé un autre graffiti représentant une série de huit cercles également exécuté avec dextérité. Au centre se voit encore le trou laissé par pointe du compas de l’ouvrier. Plus loin nous avons retrouvé d’autre cercles simples avec trou de compas, ainsi qu’un arc de cercle coupé par une corde, un losange orné de striures formant un quadrillage, une flèche et une équerre parfaitement dessinée.

Les Témoignages de pèlerins

Ils sont en grand nombre. Parmi les multiples graffiti, nous avons relevé, des « Croix » chrétiennes, des « Pas » ou « Semelles de Pèlerins », une « Besace », une grande quantité de pèlerins en marche, groupés ou isolés. Mais le graffiti le plus remarquable, est un groupe de pèlerins sortant d’un lieu d’hébergement, probablement une église, celle de Notre Dame, associé à quatre « Pas de pèlerins ».

Les Croix Chrétiennes

Elles sont au nombre de deux. L’une est un tracé tout simple, alors que la seconde possède un tracé double pour les bras de la croix.

Les « Pas ou Semelles de pèlerins »

Ils sont soit isolés ou groupés. Sur un bloc, une association de quatre semelles montre un pas de plus petite dimension qui est tracé à l’intérieur d’un pas plus grand.

Les Pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle

Leur nombre est considérable. Nous en avons dénombré pas loin d’une quinzaine. Certains possède un tracé élaboré alors que d’autres comme nous l’avons remarqué à maintes fois lors de nos recherches sont très stylisés. Certains tiennent un bourdon dans leur main.

Nous avons également relevé la présence d’un couple avec celle d’un pas de pèlerin. Un homme est associé à un personnage féminin, probablement l’homme et la femme qui firent leur pèlerinage ensemble et marquèrent la trace de leur passage à Beauvais Sur Matha. La semelle de chaussure se trouve décalée en bas et à droite du personnage féminin reconnaissable à sa robe, sur le bloc de pierre.

Biens et Revenus de la Commanderie

La propriété foncière de la commanderie de Beauvais sur Matha permet d’avoir une idée de l’importance de ces revenus dès le XIIe siècle. Sa prospérité économique ne fera que se développer au cours des XIIIe et XIVe siècle lorsqu’elle incorporera dans son patrimoine les anciens biens des Templiers.

Avant la guerre de Cent Ans (1337-1453), la commanderie avait un revenu annuel, en argent, de 250 livres. Lors de l’occupation anglaise celui-ci chuta à 20 livres. Mais cette guerre ne fut pas la seule responsable du déficit qui frappa les hospitaliers. Les multiples épidémies de peste qui frappèrent le pays participèrent à son appauvrissement. La dîme de toute la baillie qui se montait à 300 boisseaux de froment, 200 d'orge, 100 d'avoine, avant ces cataclysmes naturels et militaires tombèrent à seulement 100 boisseaux de froment, 100 d'orge et plus aucune ressource en avoine. La dîme prélevée sur les vignes exploitées et le vin, rapportaient avant ces évènements tragiques, 120 tonneaux de vin. Ce chiffre devint dérisoire en 1373 car la vigne ne produisait plus que 8 tonneaux de vin. Il en fut de même pour les moulins qui fabriquaient annuellement 200 boisseaux de froment et 100 d'orge. Cette production s’effondra à 50 boisseaux de froment seulement. Le four banal de Beauvais suffisait encore à faire vivre les frères et le reste de la maisonnée pendant la moitié de l'année. Les bois et des prés assuraient le minimum nécessaire en bois de chauffage et en foin pour les chevaux. Cette période tragique de notre histoire fut fatale à l’économie de la commanderie et elle s’en remettra difficilement.

A la fin de la guerre de Cent Ans, la commanderie obtiendra en 1452, par lettres patentes du roi Charles VII (1403-1461), l’autorisation de créer quatre foires annuelles. Ces privilèges se tiendront le 13 janvier fête de Saint-Hilaire pour la première, le second jour de la Mi-carême, le 03 mai pour la seconde, le troisième jour de la Sainte Croix pour la suivante et enfin la dernière, le quatrième jour de la translation de Saint-Eutrope, le 14 Octobre. En 1460, Charles VII rajoutera une clause autorisant la commanderie à installer chaque vendredi un marché sous les halles. Un marché aux grains mis en place la journée du lundi complétait ces pôles d’échanges économiques. Le commandeur prélevait sur les ventes de grains, un droit de minage qui venait grossir les revenus de la commanderie. « Les grains vendus par les marchands devaient obligatoirement être mesurés avec la mesure du commandeur qui prélevait un droit de minage correspondant à la sixième partie du grain vendu. Les jours de foire et de marché, chaque marchand boucher payait un droit de 10 deniers, les autres marchands, installés sous les halles ou sur la place publique, ne payaient que 4 deniers». La description qui nous est connue de cette halle est insérée dans un rapport de visite de la commanderie dressée en 1744 ; « ….fort grande et spacieuse, les halles de Beauvais ont 150 pieds de long sur 60 de largeur, ce qui fait 9000 pieds de superficie qui composent 1500 toises. Ces halles sont construites avec des bas cotez tout autour, soutenus par 44 pilliers de bois de chacun 10 pieds de hauteur. Le milieu des halles est soutenu par 24 pilliers de bois, 12 de chaque côté, chacun de 18 à 20 pieds de hauteur et 12 à 15 poulces d'écarrissage sur lequelz pilliers appuyent 12 belles fermes qui soutiennent la couverture. » Huit jours avant leur classement aux Monument Historiques, en 1962, ces halles seront rasées par le maire de la commune.

Entre 1729 et 1739, un rapport de visite présentera un bilan catastrophique de la situation économique de la commanderie ; «…. il n'y a aucune vignes, ny terres labourables despandante de laditte commanderie. » Elle ne possède plus aucun bois de haute futaie, elle conserve seulement des bois de taillis pour environ 360 journaux.

Les possessions de la commanderie en Charente comprendront:

Cinq maisons dépendaient alors de la baillie de Beauvais-sur-Matha : Les maisons du Fouilloux, de Boixe et d'Angoulême, Sallerit et Bourcelaine.

Vers 1460, il semble que les commanderies de Châteaubernard et d’Angles appartenaient déjà à Beauvais Sur Matha.

La commanderie de Beauvais, recevra au lendemain du partage des biens du Temple, plusieurs établissements situés dans le département de la Charente. Six commanderies et leurs dépendances passeront sous son autorité.

Dès le début du XIV e siècle lui appartenaient ; - Le Temple d’Angoulême et ses annexes, La chapelle du Dognon de Blanzac « Cressac », plusieurs mas ainsi que des terres, baillées à rente, aux environs d’Angoulême, situés au Temple de Brie et Chaumontet à l’Isle d’Espagnac. - La Commanderie du Fouilloux - Le temple de la Boixe, au hameau du Courreau à Maine de Boixe, - Mas de Sallerit à Lupsault

Au XVe siècle selon certaines sources, seront rattachées les commanderies de ; - Châteaubernard et sa Chapelle Saint-Jean - Angles et sa chapelle Saint-Jean Selon Charles Daras ces deux commanderies auraient été rattachées à Beauvais Sur Matha dès 1312.

Au XVIIIe siècle, Beauvais possédait trois moulins et un droit sur la commanderie de Barbezières en Charente, acquis au XIVe siècle.

L’Abbé Nanglard, dans son ouvrage historique sur le diocèse de la Charente édité en 1900, en cite une septième. Il indique que la commanderie de Barbezières fut rattachée à Beauvais Sur Matha à partir du XIVe siècle et elle le resta jusqu’en 1600 .

Charles Daras mentionne également cette chapelle comme possession appartenant aux Hospitaliers de Beauvais Sur Matha. Après ces heures glorieuses, elle sombrera peu à peu dans un profond silence.

Les Commandeurs de la Commanderie de Beauvais sur Matha

Frère Pierre de Tours, commandeur de Beauvais-sur Matha. »

(XIIIe siècle) : Frère Elie de Matirac (Citée dans un acte de 1231 passé avec la commanderie des Epaux)

(Vers 1249) : Frère Robertus Anglicus

(Vers 1300) : Frère Johannes de Turonis

(1312 - 1345) : Frère Jehan Vocelle

(1345 – 1346) : Frère Jean Rousselot - (Au blason d’Azur au chevron d’or, accompagné de trois lottes d’argent)

(1366 – 1371) : Frère Robert de Saint-Riquier - (Grand-Prieur d’Aquitaine et Commandeur de Champgillon, par Bulle du pape du 3 mars 1366)

(1371 – 1384) : Frère Regnaud de Nanteuil - (Grand-Prieur d’Aquitaine) (Porte un écu ‘vairé‘ ou ‘fascé ondé‘)

En 1373, Frère chevalier Robert de Saint-Riquier,

(1416 - ?) : Frère André de Berville ou Bréville - (Au blason de gueules, à trois roses d’argent, les 2 premières sur le chef qui est de sable, et l’autre en pointe),

(1433 - ?) : Frère Pierre des Aubier - (Au blason de gueules au croissant d’or)

(1439 – 1449) : Frère Charles de Saint-Gelais - (Au blason d’Azur à la croix alézée d’argent)

(1457 – 1463) : Frère Bertrand de Cluys - (Grand Prieur d’Aquitaine de 1463 à 1466, Grand Prieur de France en 1480) - (Au blason d’Argent au lion d’azur armé, lampassé de gueules, alias d’or au lion d’azur, quelquefois couronné)

(1460 - ?) : Frère Babaud des Cles ou de La Croze – (Au blason de sable à la pomme de pin d’or surmonté d’un croissant d’argent) ou (De gueules au grenadier d’argent de cinq branches), (1461 – 1463 ?) : Frère François du Bois - (Grand Prieur d’Aquitaine)

(1463 – 1467) : Frère Hélie du Bois de Saint-Mandé - (Commandeur du Temple de la Boixe, en 1467), (Au blason d’or à trois tourteaux de gueules, alias de sable)

(1498 – 1501) : Frère Regnault de Saint-Simon - (Grand Prieur d’Aquitaine de 1501 à 1519), (Au blason d’or à une fasce de gueules)

(1523 – 1524) : Frère Charles Jouvenel des Ursins - (Grand Prieur d’Aquitaine de 1524 à 1531), (Au blason bandé de gueules et d’argent de six pièces, au chef d’argent chargé d’une rose de gueules boutonnée d’or et soutenu d’une devise de même)

(1633) : Frère Jacques de Gaillarbois-Marcouville - (Grand-Prieur d’Aquitaine)

(1651) : Frère De La Noue-Foucran

(En 1655) : Frère Pierre Fouquerant de La Noue, commandeur de Beauvais,

(1668) : Frère Gilbert de Vielbourg

(En 1718) : Frère Gabriel Thibault de la Carte, (Grand Prieur d’Aquitaine),

(en 1729) : Frère Godet de Soudé (Grand Prieur d'Aquitaine),

(1736) : Philippe Joseph de Lhémery Deschoisy – (Grand-Prieur d’Aquitaine)

CONCLUSION

Toujours aussi mystérieux dans la mémoire collective, l’Ordre des Templiers garde toujours une part de secret. S’il est difficile de dater les sujets qui ont été représentés sur les murs, nous pouvons pour certains d’entre eux avancer une datation approximative. Une chose est certaine, c’est que durant plusieurs siècles, la chapelle fut visitée par les ouvriers du compagnonnage, bien que cette appellation ne fût pas encore en usage. Tous, marqueront sur la pierre calcaire du monument leur passage. Il est regrettable que plus aucun vestige de la commanderie elle-même n’ait pas survécu au temps, car nous croyons, sans nul doute possible, que d’autres graffiti recouvraient les bâtiments annexes de celle-ci. Ces auteurs et artistes anonymes nous ont laissé de magnifiques chefs-d’œuvres qui évoquent un passé historique, celui des gens ordinaires, soldats, compagnons et pèlerins. Leur cheminement spirituel les mena hors de nos frontières et ils en revinrent enrichi d‘images, d’émotions, de fraternité qui firent la grandeur d’un ordre, d’une communauté ou d’une croyance religieuse qu’ils ramenèrent des lieux saints qu’ils visitèrent ou qu’ils participèrent à élever. Ces témoignages de tranches de vie et d’époques appartiennent aujourd’hui à notre patrimoine et nous racontent la petite histoire France de notre région.

Cet article historique, ne reflète qu'une modeste part de notre ouvrage qui compte 166 pages,et que notre association mettra en vente dans quelques semaines. Nous pensons qu'un article plus complet paraîtra dans un des bulletins de la Société Archéologique et Historique de la Charente Maritime accompagné de tous les documents, plans, photographies qui agrémentent notre travail d'écriture.

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