SAINT-GEORGES DE DIDONNE - LA POINTE DE SUZAC DANS L'ESTUAIRE DE LA GIRONDE
OCCUPATIONS ET FORTIFICATIONS HUMAINES DE LA POINTE DE SUZAC
La Pointe de Suzac à L’aube de l’Humanité
De la Protohistoire à la Romanisation
L’histoire de la Pointe de Suzac, située à la limite de la commune de Meschers, paraît intimement liée à celle-ci. Le Port de Meschers aurait été créé vers 1800 Av JC comme l’atteste le mobilier retrouvé.
Les Ligures, originaires du Golfe de Gênes, y auraient établi un comptoir maritime. La Cité de Talmont, très proche pratiquait le commerce de l’étain avec l’Ecosse.
A l’époque Gallo-romaine, la présence romaine va s’intensifier. Les vestiges romains du Moulin du Fâ, à Barzan, seraient les ruines de l’antique cité de Novioregum, indiquée sur l’Itinéraire d’Antonin.
L’occupation romaine de Meschers se manifeste en plusieurs lieux de la commune. Des vestiges de constructions ont été relevés aux lieux-dits « Le Chantier » et « La Mothe ».
Un tronçon de colonne cannelée servirait de margelle à un puits de la commune, mais celui-ci proviendrait du site de Barzan ?
Le musée de Cognac possède un petit vase avec une anse sans bec, à panse globulaire de pâte rosée très légère, recouvert d’un vernis de couleur moire. Cette poterie de grande qualité appartiendrait à une céramique campanienne. Cet objet proviendrait de Meschers.

Le Site Gallo-Romain de Suzac
Le site gallo-romain signalé à Suzac au début du XVIIIe siècle par Claude Masse, ingénieur géographe (1652-1737), parle du lieu en le nommant « Château Guériot ». Selon la tradition populaire, une ville du nom de « Gériost » aurait été élevée sur ce promontoire.
La construction du fortin militaire en 1808, provoque les premières interventions archéologiques. Lorsqu’en 1814 il sera démoli, une campagne de fouilles archéologiques se déroulera sur le site. Le mobilier retrouvé comportait des fragments de tegulae et des creusets d’orfèvre qui étaient enterrés dans les substructions antiques.
En 1840, l’avancée de la plate forme rocheuse de la Pointe de Suzac s’effondra dans la mer et une partie de la construction antique apparut. Les déblais livrèrent des plaques de marbre et de mosaïque. Plusieurs monnaies en cuivre et une autre en or faisaient partie du butin. Des vestiges de murs antiques, étaient également visibles depuis la plage de la Conche de Suzac.
Plusieurs campagnes de fouilles seront réalisées par le colonel Hawker jusqu’en 1855. Il découvrira un mur d’une quarantaine de mètres de longueur et des fragments appartenant à une dizaine de colonnes de 0,50 m de diamètre. Le mobilier se composait de divers objets et de pièces de monnaies. La pièce la plus intéressante était un grand bronze d’Antonin le Pieux (IIIe siècle). Un morceau de brique était estampillé d’un cachet circulaire portant le nom de « Merula Toutissae f(ilius) » qui était un artisan connu dans l’Estuaire de la Gironde.
La construction du bureau du chef de chantier qui dirige les travaux du site de la Pointe de Suzac, entraîne la découverte d’un aqueduc d’évacuation des eaux de ruissellement d’époque gallo-romaine, entre 1861 et 1864.
Vers 1890, de nouvelles fouilles exhument des salles pavées de béton et une canalisation de 30 cm de large dont le fond était dallée de tuiles à rebord. L’une d’elles, portait le sceau de « Merula Cubus ». Un fragment de sigillée, estampillée « Eppiae », permit de retrouver l’origine d’un potier de Montans qui vivait vers le milieu du IIe siècle. Peu de temps avant la première guerre mondiale, on mettra à jour les substructions d’un atelier d’artisan, d’où provenait probablement les creusets retrouvés au XXe siècle. La cheminée apparut lors de la chute d’une partie du promontoire en 1840, provenait de cette construction. De nouvelles monnaies datant de Tetricus et Aurélien (IIIe siècle), seront ramassées sur le site.
En 1988, lors d’une campagne de fouille, on reprendra le dégagement des murs, reconnus par le colonel Hawker sur près de 70 m de long. Cette construction mesurait 0,85 m d’épaisseur. Au cours de cette opération, furent dégagés les fragments d’une douzaine de colonnes et un élément de corniche orné d’un médaillon. Cette découverte nous rappelle que l’élément de colonne retrouvé à Meschers et servant de margelle à un puits de la commune pourrait provenir non pas de Barzan mais de ce lieu beaucoup plus proche.

Les Murs de la Villa Gallo-Romaine de Suzac
On ne peut les apercevoir que depuis le pont d’une embarcation sur l’estuaire. Les vestiges de la villa s’étirent sur une centaine de mètres. Il est possible de discerner les fondations de quatre murs qui s’élèvent verticalement sur environ 1m de hauteur et 40 cm de large. Les traces possibles d’un cinquième, près de la petite crique située en contrebas sont perceptibles. Sous la couche végétale, à l’aplomb de la falaise calcaire, se remarquent, tout le long de la corniche, les traces de fondations du sol probable de la villa. Les murets sont proprement dressés avec des moellons assez réguliers posés dans un mortier de couleur rosé. Les blockhaus du Mur de l’Atlantique ont été édifiés sur l’emplacement de la villa.
Jadis, M. Charles Roullet précisait lors de ses fouilles archéologiques que les murs se coupaient à angle droit et formait des appartements. Le mobilier était constitué de quelques fusaïoles, de deux couteaux de cuisine très oxydés, de poids de pêcheurs usagés, de débris de poteries grossiers, de possible éléments de sigillée et d’un fragment de vaisselle rouge provenant des villes de Samos ou d’Arrezzo.
L’Aqueduc de la Villa Gallo-Romaine
Description de la structure extérieure
Il est engravé dans une tranchée en U, creusée verticalement, qui pénètre profondément dans le corps de la falaise, comme le laisse voir la coupe géologique. Une large brèche, dévoile le principe de construction de l’aqueduc. Elle nous indique que celui-ci semble postérieur à la construction gallo-romaine. La tranchée a été creusée dans la coupe géologique. Elle sectionne les fondations du sol d’un bâtiment de la villa. On perçoit assez nettement ces détails lorsque l’on observe la stratigraphie du site depuis une embarcation sur l’estuaire.
Enterrée à une profondeur de plusieurs mètres, la construction possède deux piédroits coffrés. Ils sont constitués, pour celui de gauche, de sept lits de galets et de moellons calcaire près du conduit intérieur et pour celui de droite, d’un lit de douze étages de pierres et moellons posés de même manière. Ces matériaux sont noyés dans un mortier de chaux sableux de couleur paille, légèrement rosé. Hauts d’environ 1 m, ils servent d’assise à une voûte cintrée, d’une épaisseur variant entre 30 et 40cm.
La voûte est principalement montée à l’aide de sept moellons calcaire calibrés, parfaitement jointés, bloqués au mortier. Elle est coiffée d’un revêtement constitué d’un mélange de pierrailles, épais d’une vingtaine de centimètres, noyé dans le mortier comblant la tranchée dans sa totalité.
L’assise du lit de l’aqueduc, repose sur un tapis de pierres irrégulières d’environ vingt centimètres, mélangées à un mortier de chaux identique à celui décrit précédemment.

La structure interne de l’aqueduc
Les parois intérieures du conduit du canal sont invisibles du fait du comblement interne du spécus. La voûte présente un alignement de moellons réguliers, posés proprement et en parfait état de solidité. Il n’a pas été possible de vérifier la présence d’un enduit de finition. La hauteur visible actuellement sous voûte se situe à près de 0,80 m.
Le Canal de l’aqueduc
Le fond du canal est au trois quart comblé par des dépôts importants. A son état d’origine, la hauteur du canal, du fond au sommet, devait approcher la dimension de 1,50 m. A la base, sa largeur se situait entre 40 et 50 cm. Le comblement du lit est épais. Il comble le spécus sur près de 0,60 m de hauteur.
Ce remplissage semble être de plusieurs natures. L’observation des photos, nous indique qu’il paraît être constitué, par une partie du radier et par des concrétionnements étagés dont la nature ne peut être indiqué de façon précise.
Nature et fonction de l’aqueduc de Suzac
Il est difficile d’émettre un avis sur la fonction de cet aqueduc, mais le fait de savoir qu’il se déverse dans l’estuaire, pourrait indiquer que nous sommes en présence d’un égout de la villa ou d’un conduit d’écoulement des eaux de ruissellement. Peut être drainait-il également vers la mer, toutes les eaux usées des bâtiments de la villa ?
Bien entendu cette hypothèse méritera d’être vérifié lors d’une campagne de fouille archéologique du site. La profondeur à laquelle est enterré la canalisation, nous laisse espérer que des vestiges encore intacts sont toujours présents sur les lieux.
Ce site renferme toujours des traces intéressantes malgré les nombreuses transformations qui l’ont bouleversés au cours des différentes périodes de l’histoire. Le passé de la Pointe de Suzac ne nous a pas été entièrement dévoilé, il nous reste encore à le découvrir.