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ESTUAIRE DE LA GIRONDE - VAUBAN ET LA FORTIFICATION DES RIVES DE L'ESTUAIRE

ESTUAIRE DE LA GIRONDE - VAUBAN ET LA FORTIFICATION DES RIVES DE L'ESTUAIRE

LA CITADELLE DE BLAYE <", /P> Le 3 Octobre 1685, Vauban écrit au roi Louis XIV et lui exprime son désir de dresser à Blaye un système défensif destiné à protéger le port de Bordeaux, le « Verrou de Blaye » :

Complexe militaire de 25 hectares bâti entre 1685 et 1689 par l'ingénieur militaire François Ferry, directeur général des fortifications de Guyenne, sous la supervision de Vauban. Dominant l'estuaire de la Gironde, elle se situe dans la commune de Blaye, dans le nord du département de la Gironde. Elle forme un vaste ensemble fortifié entouré de courtines, complété par quatre bastions et trois demi-lunes.

A la demande du Duc de Saint-Simon, gouverneur de Blaye, Vauban dressera le plan de la citadelle de Blaye. Il crée une nouvelle enceinte à quatre bastions, trois demi-lunes et deux portes qui s’appuient sur l’enceinte médiévale existante. Il la dote d’un système de défense à deux étages de feu imbriqués.

L'intérieur est conçu comme une véritable caserne s'articulant autour d'une place d'armes, d'un couvent abritant autrefois des religieux de l'ordre des Minimes, et de plusieurs casernements destinés au logement de la troupe. Plusieurs éléments des fortifications médiévales sont conservés dans le nouvel ensemble, parmi lesquels le château des Rudel (XIIe siècle), la porte de Liverneuf (XIIIe siècle) ou la tour de l'Éguillette (XVe siècle)[3].

Conçue pour contrôler la navigation sur l'estuaire, la citadelle est complétée par le fort Paté, sur l'île Paté, et par le fort Médoc, situé sur la rive opposée de la Gironde, l'ensemble est alors dénommé « verrou de l'estuaire ».

« Comme l’importance de Blaye, ne peut être considérée comme maritime, elle n'assure pas moins la sécurité Bordeaux ainsi que celle de la côte. La petite île de Fort-Pâté qui a commencé de se former depuis 15 à 16 ans, se dotera d'une batterie, laquelle surveillera les deux passes. Mais comme celle-ci est insuffisante on construira au milieu de l'estuaire "Fort Paté".

LES GRAFFITI DE LA CITADELLE DE BLAYE

La majeure partie des graffiti recensés à la Citadelle de Blaye ornaient une guérite de la forteresse. Ce sont des gravures principalement laissés par les soldats de la garnison Ils se rapportent à des noms de soldats, des vues de bâtiments, des flasques ou bouteilles d'alcool, de croix religieuses chrétienne, des silhouettes de personnages qui nous paraissent être des pèlerins de Saint-Jacques, associés à un autre graffiti dévoilant une église avec d'autres personnages, probablement d'autres pèlerins.

L'abbaye Saint-Romain de Blaye était un haut lieu du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. L’église Saint-Romain de Blaye abritera le dernier sommeil des preux du grand Charlemagne. En effet c'est en ce lieu que le grand empereur dépose les dépouilles de Roland, d’Olivier et de, l’évêque Turpin de Reims. Les grands sarcophages de marbre renferment les corps parfumés d’encens et de myrrhe et les cloches de Saint-Romain sonnent le glas. Depuis ce jour de larmes, l’âme de Roland et de ses amis flottent au-dessus des marais et des landes de l’estuaire.

Les graffiti rencontrés mentionnent des dates de présence militaires, un coeur gravé dans une alcôve surmonté de signes peut-être des chiffres symboliques comme en traçaient les compagnons du Tour de France, accompagné de la lettre "P". Cette niche renfermait de nombreux noms d'individus non identifiables, militaires ou pèlerins. On peut lire les noms de "DEBLAISOIS" ou encore, " DUROIN", "VIVIEN" et des dates évoquant le XVIIIe siècle "1899", ou " 18 V 86". Sur un bloc se lit un fragment de phrase en partie effacé " VIVE....." et au-dessus du coeur se voit " BB BOIPY OU QUIPY". Dans cet enchevêtrement de gravures perce un pointe de flèche, probable dessin laissé par un tailleur de pierre. A gauche de celui-ci se voit un cercle pointé orné de rayons, probable figure laissée par autre tailleur de pierre.

Au centre se distingue nettement un personnage qui a le bras droit replié tenant un bourdon. Son visage est nettement visible.

Deux autres blocs ont été gratifiés d'une multitude de dessins tracés par une main experte de compagnon. On voit un rectangle surmonté d'une croix chrétienne qui s'achève dans un triangle. cette figure symbolique est un rappel aux connaissances de la géométrie par son auteur mis également il rappelle la Sainte Trinité. La roche suivante montre une croix religieuse chrétienne probablement liée au passage d'un pèlerin. Une petite croix pointée celle-là fut réalisée par un tailleur de pierre. Plusieurs marques montrent des lettres isolées et on retrouve encore le mot "VIVE". Sur un bloc se dégage un "Montjoie compagnonnique". Ce graffiti très symbolique du compagnonnage est doté d'une base triangulaire, surmontée d'une croix dont la hampe descend jusque sur la base triangulaire. Nous avons encore dans ce motif une représentation des connaissances de la géométrie par son auteur. Le triangle fait référence à la Sainte Trinité, mais si l'on décompose la figure nous avons, le fil à plomb, le niveau, l'équerre et le compas, outils du compagnon. Plusieurs blocs portent des croix religieuses chrétiennes et sur l'un d'entre eux l'image d'un pèlerin perce parmi les nombreux tracés, néanmoins on on voit un visage et un bourdon.

Sur le dernier bloc qui porte la date de 1860 qui se détache nettement de son support, règne une grande confusion due à la prolifération des gravures tracées sur ce bloc calcaire. Cette date est reportée plus loin sur la roche. Vers la partie inférieure du bloc se devine deux personnages, probables pèlerins au tracé très abîmé. Il semble que quelques noms identitaires étaient gravés mais ils sont masqué par des signes indéchiffrables. Voici le recensement que nous avons observé sur les blocs du monuments.

CUSSAC - FORT MEDOC

Bati de 1689 à 1691 dans l'estuaire de la Gironde à l'instigation de Vauban, Fort Médoc, Fort Paté construit sur une ile de l'estuaire et la citadelle de Blaye constitueront le "Verrou de Bordeaux". Ils fermeront la porte navigable en direction de Bordeaux aux navires Anglais.

Fort Médoc sera ceinturé de fossés alimentés en eau par la Gironde au débit réglé par un système d'écluses. Ces fossés seront surmontés d'un mur de terre gazonné. Quatre bastions protègeront les quatre angles du quadrilatère. Les casernes pouvaient abriter jusqu'à 300 soldats. A la veille de la Révolution la caserne ne comptait plus que des soldats invalides et trois vieux canons inutilisables.

Sur la rive gauche de l’estuaire, il fait construire un fort carré, constitué d’une enceinte de terre palissadée, à l’intérieur duquel il enferme les bâtiments militaires. Fort Médoc sera élevé en un temps record. Le début des travaux commence en 1686. La poudrière sera construite en 1687. Du côté des terres, seront construits les bastions du Roi et de Saint-François et du côté du fleuve, ceux du Dauphin et de la Gironde.

Fort Médoc était pourvu d'une poudrière, d'une porte ouverte à l'Ouest et seul point d'accès au fort ornée par le sculpteur bordelais Pierre Berquin, d'une chapelle et d'une boulangerie. Deux puits auraient dû alimenter en eau la garnison mais l'eau étant saumâtre, les soldats devaient aller chercher l'eau au village distant à 700 mètres.Il faudra la même année pour que soit construite une citerne pouvant contenir 60 000à milles litres d'eau à l'Ouest de la caserne Nord.

FORT PATE

En 1690, Louis XIV valide la construction du fort. Le banc de sable non stabilisé qui s'est créé quelques dizaines d'années avant la construction du fort ne constitue pas un terrain stable et un double grillage de bois doit être mis en place sur toute la surface du fort pour assurer l'assise du bâtiment. Sa construction s'achève en 1693. De forme ovale, le fort mesure 12 mètres de haut. Il se trouve dans l'alignement de fort Médoc et de la citadelle de Blaye.

Architecture

Le fort est construit en pierre de taille pour l'essentiel, de la maçonnerie mais aussi en brique, notamment sur la face extérieure des créneaux (face exposée aux tirs). Les 32 meurtrières se trouvent dans les salles du rez-de-chaussée qui entourent le magasin à poudre. Un escalier à vis permet d'accéder à l'étage. Au sommet du fort on retrouve le corps de garde, enfermé entre la cuisine et deux salles aux dimensions plus petites. L'ensemble est protégé par des embrasures de tir. Deux guérites en pierre, dont une située au sud et présentant un assommoir surmontant l'entrée principale du fort, servaient à l'observation. Des gargouilles permettaient l'évacuation des eaux de pluie de la terrasse vers l'extérieur du fort et l'eau de la toiture était recueillie dans la citerne située sous la grande galerie voûtée du rez-de-chaussée.

Le fort Paté constituait au fond une architecture plus dissuasive que défensive. Son armement jouait un rôle plutôt défensif. Avec la citadelle de Blaye et le fort Médoc, le fort Paté constituait l'élément central du triptyque permettant aux secteurs de tirs de se recouper et d'empêcher ainsi le passage des navires ennemis. Sir Bellin, ingénieur de la marine en 1759 mentionne que l'armement de Fort Paté était constitué de 8 pièces de 36 livres, 10 pièces de 24 livres et 2 pièces de 12 livres.

Les pièces d'artillerie les plus lourdes (36 livres) étaient probablement placées sur la batterie basse située au pied du fort Ainsi on effectuait le tir à « couler bas », dans la ligne de flottaison du navire ennemi. Cette batterie basse était défendue par la galerie de tir rythmée par les 32 meurtrières depuis laquelle la mousqueterie protégeait les artilleurs manipulant les pièces au pied du fort. la terrasse, on pratiquait le tir à démâter les navires.

Avec l'évolution de l'artillerie et notamment de la portée des canons, le verrou verra sa situation géographique évoluer au XIXe siècle, plus en amont de l'estuaire.

Avec la citadelle de Blaye et le fort Médoc, le fort Paté constitue l'élément central du triptyque permettant aux secteurs de tirs de se recouper et d'empêcher ainsi le passage des navires ennemis. La carte du Sir Bellin, ingénieur de la marine en 1759 mentionne pour Fort Paté l'armement suivant : 8 pièces de 36 livres, 10 pièces de 24 livres et 2 pièces de 12 livres.

Les pièces d'artillerie les plus lourdes (36 livres) étaient probablement placées sur la batterie basse située au pied du fort et aujourd'hui encore perceptible dans les mouvements du terrain. Depuis cette dernière, on effectuait le tir à « couler bas », dans la ligne de flottaison du navire ennemi. Cette batterie basse était défendue par la galerie de tir rythmée par les 32 meurtrières depuis laquelle la mousqueterie protégeait les artilleurs manipulant les pièces au pied du fort.

Sur la terrasse, on pratiquait le tir à démâter : deux demi-balles reliées entre elles par une chaîne et orientées vers la mature et les voiles du navire.

Avec l'évolution de l'artillerie et notamment de la portée des canons, le verrou verra sa situation géographique évoluer au XIXe siècle, plus en amont de l'estuaire. En 1948, le fort est acheté aux Domaines par un notaire médocain[4].

Le fort Paté est inscrit aux monuments historiques le 17 juillet 1935, avant d'être classé par arrêté le 9 octobre 2013[1].

ORIGINE DU NOM DE L'ILE

Après les travaux de l'île fut nommée "Isle Chiabrena", à cause de la matière fécale utilisée des briques locales "mounaques". Dans le but d'améliorer l'image de l'île, le fort fut rebaptisé Fort Pâté peu après la construction par décret royal car le roi disait que la forme de la fortification ressemblait à celle de son pâté préféré, qui était de forme ronde. Les pâtés étaient cuits dans une pâte pas nécessairement comestible comme nos pâtés en croûte d'aujourd'hui. Cette croûte, très épaisse, était en fait destinée à protéger la « farce » pendant la cuisson et les transports.

Projets de Fortification de la Pointe de Suzac au XVIIIe siècle

La Fortification des côtes de l’Estuaire entre dans le processus de militarisation du fleuve, à la fin du XVIIe siècle. Il complète le dispositif du « Verrou de Blaye ».

En 1696 est créé la « Milice Garde Côtes », dirigée par des Capitaines Généraux Garde Côtes qui ont autorité sur les officiers de la milices quel que soit leur grade.

Le 28 Janvier 1716, Cinq capitaineries sont créées :

Soubise – Marennes – Royan – Mortagne – Ile d’Oléron.

En 1746, Monsieur Demothes de Majeloup est Capitaine Général Garde Côtes de la Capitaineries de Royan. La même année on assiste à la mise en place des « Batteries des Côtes ». Le sieur Chabaney équipe les deux rives de l’estuaire d’un système de défenses complété par les navires de la marine royale qui mouillent au Port de Verdon. La Côte saintongeaise va se doter d’un réseau de batteries qui doit protéger l’entrée de l’estuaire de la Gironde. Il propose que celles-ci soient installées pour assurer la protection du port et la conche de Saint-Georges de Didonne.

En 1747, une carte levée par le sieur Blondeau indique l’emplacement des nouvelles batteries. Seize batteries de milices garde-côtes sont construites entre Bonne Anse et Talmont.

En 1748 on procède aux premiers enrôlements de canonnier. En cas de refus des individus désignés, ceux-ci sont punis d’un mois de prison. C’est ainsi que s’exprime Mr Demothes de Majeloup, Capitaine Général de la Capitainerie de Royan dans un billet adressé le 19 Octobre 1748 au Sieur Raboteau de la Rousserie, Lieutenant de la compagnie de canonnier du bataillon de Mortagne.

En 1755, le Sieur Ricard dresse une nouvelle carte où des ouvrages inédits sont proposés, à la Pointe de Grave, à Guette Lamy, actuelle Pointe du Fort du Chay en remplacement de celle du château de Royan et à la Pointe de Suzac complétant celle de La Vallière pour la protection du port de Saint-Georges.

Le Maréchal de Senectère, gouverneur de la Saintonge fait renforcer les fortifications de Talmont et Royan, car la guerre entre la France et l’Angleterre, dite « Guerre de Sept Ans » est imminente.

Les Défenses de l’Estuaire durant la Guerre de Sept Ans

Ce conflit opposera les grandes puissances européennes. Deux blocs s’affronteront entre 1756 et 1763, l’Angleterre secondée par la Prusse, contre la France, l’Autriche et leurs alliés. L’enjeu de cette querelle était la suprématie coloniale en Amérique du Nord et les Indes, entre français et anglais, et le désir éprouvé par Marie Thérèse d’Autriche de reconquérir au Roi de Prusse Frédéric II, la Silésie En 1755, les Anglais bafouent le traité de paix signé par la France et l’Angleterre, en attaquant trois vaisseaux français sur les bancs de Terre Neuve. Cette même année la France perdra plus de 300 navires marchands. Le Traité de Versailles signé le 1er Mai 1756, scelle l’alliance de la France et de l’Autriche. La guerre fait rage sur terre et sur mer.

La Guerre Maritime

Elle est désastreuse pour la France. La marine anglaise sous les ordres de l’amiral Hawke anéantit la flotte française. Ce désastre a pour conséquence de rendre la France impuissante à défendre ses colonies. Dans l’estuaire la situation est tout aussi préoccupante. Les Corsaires anglais venues de Jersey et Guernesey, harcèlent les navires français et mettent le commerce en péril. L’activité du Port de Bordeaux s’en ressent fortement. En 1754, 154 navires au long cours quittaient l’estuaire vers les colonies, en 1757 ils ne sont plus que 38. L’amiral Hawke met en place un terrible blocus sur les ports atlantiques entre Nantes et les côtes espagnoles. Pendant la durée de la guerre, Bordeaux aurait perdu 236 navires.

Le Maréchal de Sénectère renforcera les défenses de Royan et une seconde batterie de 8 canons est installée à Guette Lamy. Mais cette initiative montrera ses limites.

La Guerre de Sept s’achève par la signature du traité de Paris le 10 Février 1763. La France conserve, la Martinique, la Guadeloupe, Belle Ile en échange de Minorque, Saint Pierre et Miquelon. En Inde, elle perd son empire où elle conserve que cinq comptoirs. Aux Amériques, elle cède les îles de La Dominique, Saint-Vincent, Tobago, Grenade, le Canada, la Louisiane.

Le Phare de Cordouan

L’ancienneté du Phare de Cordouan serait d’origine maure. Durant le Haut Moyen Age, les navires mauresques auraient remonté nos côtes et se seraient installés à l’entrée de l’estuaire de la Gironde. Sur la pointe du Verdon, ils auraient créé un comptoir commercial. Un îlot rocheux, situé à 7 km des côtes, constituant un obstacle dangereux pour la navigation, leur aurait permis de construire le premier Phare de Cordouan. Bien que cette hypothèse ne repose sur aucun texte historique ou document ancien, la toponymie locale a conservé cette appellation et ce nom nous rappelle l’occupation arabe de l’Ibérie qui illumina de ses connaissances et ses richesses l’Espagne durant des siècles. Il est probable que l’îlot de Cordouan, sur lequel ils édifièrent le phare, fut baptisé « Tour des Maures », en souvenir de leurs racines.

Au XIVe siècle, le Prince Noir fit élevé une tour où résidait un gardien qui était chargé d’allumer un grand feu, mais deux siècles plus tard ce n’était plus qu’une ruine.

Ce n’est qu’au XVIe siècle, en 1584, que le Maréchal de Matignon et Michel de Montaigne engagent Louis de Foix, ingénieur et architecte, pour construire un phare moderne. Décédé en 1602, son fils poursuivra son chef d’œuvre, mais c’est François Beuscher qui terminera le monument en 1611, après 27 ans de travaux. Classé Monument Historique en 1862, on le surnomme le Versailles de la Mer, le Phare des rois, ou encore le Roi des phares.

La Guerre d’Indépendance Américaine qui commence en 1778 et verra la naissance d’une nouvelle nation, va dresser une nouvelle fois la France et l’Angleterre l’une contre l’autre.

La côte saintongeaise ne conserve plus que 11 batteries défensives. Le Phare de Cordouan, isolé en mer est fortifié avec des batteries à fleur d’eau.

Dépendant du port du Verdon, le phare appartenait à la généralité de La Rochelle. Son magasin sera positionné à Royan de 1696 à 1721. Il était ravitaillé depuis 1739 par une chaussée empierrée de 260 m de long, accessible uniquement à marée basse.

La Pointe de Suzac sombre dans l’oubli

Au sortir de la guerre de Sept Ans, l’intérêt stratégique de Suzac ne retient pas l’attention des officiers du royaume. Malgré les travaux et découvertes sur l’artillerie réalisés par Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval qui aurait pu servir à la Pointe de Suzac on ne retient pas le site comme stratégique. Les efforts d’armement et de fortifications portent sur Meschers et Talmont au sud. Au nord, on renforce les positions de part et d’autre de la Pointe de Vallières à Saint-Georges, ainsi qu’à Royan, Saint-Palais et la Coubre. Cette situation se perpétuera jusqu’à la Révolution. En 1793 c’est un navire stationnant à Guette Lamy qui assurera la défense de l’estuaire de la Gironde.

Les Fortifications de la Pointe de Suzac au XIXe et Début XXe Siècle

En 1805, la victoire anglaise de Trafalgar sur la marine française inquiète Napoléon. Le danger qui guète nos côtes est réel et il faut en améliorer la sécurité. Dès 1806 un projet de renforcement du dispositif de la côte saintongeaise se met en place et l’utilité d’une redoute circulaire apparaît à Suzac.

Le Ministre de la Guerre, le 5 Décembre 1806, approuve cette mesure mais lui préfère une redoute carrée qui représente un coût moins élevé. Elle aura pour mission de défendre l’entrée de l’estuaire et de seconder le vaisseau qui stationnera au milieu du fleuve. La batterie, installée à la Pointe de Grave sur l’autre rive de la Gironde, complétera le système défensif de la Gironde.

L’armement de la Pointe de Suzac comprendra, 4 pièces de 36 et 3 mortiers de longues portées. La place forte comportera, un magasin à poudre, un corps de garde pour 35 hommes, un local pour l’artillerie et le génie, deux chambres pour le commandant du poste et le gardien.

Ce projet modifié à différentes reprises, se concrétisera sous l’aspect d’une batterie à front hémi-circulaire avec épaulements. Les éternelles hésitations dont feront preuve les politiques et les militaires sur la nature de sa construction, l’importance de son rôle et son armement retarderont les travaux. Ces tergiversations ainsi que la portée de tir de la batterie, jugée trop faible, conduiront à son démantèlement en 1814, malgré les projets successifs.

Courant Mars, les Anglais débarquent à l’Ile d’Aix. Pris en chasse par une escadre anglaise, quatre navires français, le Regulus, le Malais, le Sans Souci et le Java cherchent la protection des batteries de Meschers et de Suzac. Le 7 Avril 1814, soit cinq jours avant l’abdication de Napoléon, le Capitaine de Vaisseau Regnault, commandant du Regulus, livre aux flammes, plutôt que de tomber aux mains de l’ennemi, en face des grottes qui tireront leur nom de ce drame, les bricks, le « Sans-Soucis », le « Malais » et le Régulus », sur ordre de l’amirauté.

La présence anglaise se fait plus pressante et les Anglais débarquent à La Coubre entre le 08 et le 11 Avril. La troupe française se déplace à Suzac où elle trouve la batterie très dégradée. Incendiée par l’ennemi, elle sera pillée par des habitants de Saint-Georges qui s’empresseront de récupérer portes, fenêtres, contrevents, lits, etc Un état des lieux dressés le 24 Avril détaille la nature de l’armement abandonné par la troupe lors du débarquement anglais à Saint-Georges. Il ne reste que 6 canons de 36, 2 de 12 pouces et deux autres, dont les affûts furent incendiés pour qu’ils ne tombent entre les mains de l’ennemi. Seul le corps de garde sera en partie épargné.

Les habitants de Saint-Georges qui ont participé au pillage, passeront en jugement le 11 Janvier 1815, pour dégradation de biens militaires. En Mars 1815, Napoléon s’évade de l’Ile d’Elbe et craignant le retour des Anglais sur nos côtes, on réarme hâtivement les batteries de l’estuaire. Le 13 Mars, les vaisseaux britanniques sont dans la rade du Verdon. Alors que les navires ennemis approchent de la côte saintongeaise, la batterie de Suzac tire une dizaine de coups de canons sans les inquiéter un instant, la portée des tirs étant trop courte.

Le lendemain soir les anglais se rendent maître de la Pointe de Suzac. Les canonniers ont abandonné leur position. L’ennemi détruit les canons et jette la poudre à la mer. Suzac va se mettre en sommeil pour de longues années.

Il faudra attendre 1846, pour que surgisse un projet de construction de Corps de Garde, doté de crénelages de style médiéval. Ce bâtiment abritera les logements du chef de poste, du gardien et de la compagnie de 30 hommes. Il sera muni d’une cuisine, d’un magasin pour les vivres, un autre pour la poudre et un dernier pour l’artillerie. L’armement de la batterie en 1849, comptera 5 pièces de 96, mais les bâtiments neufs n’ont toujours pas été construits et elle a l’aspect d’une ruine. En 1851 on projette de lui conserver un front d’attaque semi circulaire dont la gorge sera fermée par un front bastionné, à l’accès protégée par une demi-lune. Mais une nouvelle fois il n’aboutira pas. Il en sera de même pour les projets déposés entre 1852 et 1860. Ils sont ajournés les uns après les autres.

Enfin entre 1861 et 1866, les travaux de constructions prennent forme. Avec les matériaux des bâtiments ruinés, on élève le bureau du chef de chantier. Dans le même temps on dévase le port de Royan pour l’agrandir. C’est durant cette période qu’au cours des travaux de terrassement, on met en évidence l’aqueduc d’évacuation des eaux de ruissellement d’époque Gallo-Romaine. En 1866, il ne reste plus que la réalisation des plates-formes pour les mortiers à exécuter. Mais les nouvelles découvertes technologiques sur l’armement en 1858, canon à âme rayé, obus à la forme cylindro-ogivale, poudre à grain de Castan, officier d’artillerie qui fabriqua le procédé qui porte son nom ainsi que la propulsion à vapeur, l’invention de l’hélice, le blindage des navires qui amena la construction des cuirassés, changeront l’aspect stratégique de la Pointe de Suzac, car il faut dissimuler et enterrer les défenses et les pièces d’artillerie.

Entre 1875 et 1877, le ministère des armées va acheter et borner les terrains militaires acquis à Suzac et pourvoir la batterie de nouvelles pièces d’artillerie. Elle recevra 2 obusiers de 0, 27 m rayés et frottés, 2 autres de 0,19 m et 2 de 0,16 m. La contenance du magasin à poudre après les travaux d’aménagement atteindra 13 260 Kg plus les munitions.

Après terrassement des rochers, de la terre, maçonnerie des bâtiments en moellons ou pierres de taille, la batterie sera fermée à la gorge par un mur crénelé avec fossé jusqu’au bord de la falaise. A l’aube de la guerre 1914-1918, Suzac sera dotée de canons modernes de 95, d’un poste télémétrique pour la commande de tir des pièces de 18, 27 et 95, et d’un poste photoélectrique. La batterie deviendra un arsenal militaire où seront stocker les poudres et explosifs de toutes natures.

La fin de la guerre 14/18 sonnera le déclin de la batterie de Suzac. La maison du gardien sera vendue en 1923, les terrains et la batterie seront loués à un particulier en 1925.

Texte extrait de notre ouvrage "La Pointe de Suzac Dans L’Estuaire de la Gironde"

Occupations et Fortifications Humaines

Saint-Georges de Didonne

Auteur : Daniel Bernardin

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