[Visiteur du Graht - Connexion]   

MONTROLLET Le Roc Blanc ou Pierre Bergère

MONTROLLET

Le Roc Blanc ou Pierre Bergère

Situation

Le  "Roc Blanc" est un mégalithe installé à l'est de la commune de Montrollet à peu de distance du dépaterment de lma Haute Vienne. Il git au bord d'un ancien chemin antique qui desservait le site gallo-romain dit "Camp de César", près du hameau Le Robadeau.

C'est un mégalithe qui fut christianisé comme le prouvent les nombreuses croix qui ornent le dessus de la face visible. Nous pensons qu'il s'agit d'un dolmen ruiné qui fut renversé volontairement par l'homme il y de nombreux siècles. Aujourd'hui il repose sur le bord de cet ancien chemin envahi par les ronces.

L'étude de ce monument fut réalisée par :

Daniel Bernardin

Bernard Fabre

Alain Texier



MONTROLLET

Le Roc Blanc ou Pierre Bergère

                 

Présentation du Monument 

 

"Le  Roc Blanc ou Pierre Bergère"

 

C’est un monolithe parallélépipédique, long de 1,70m. Son plateau large de 45cm, s’étire sur 0,80m jusqu’à une sorte de cassure propre, formant un second plateau long de 0,70m. L’épaisseur de ce bloc mesure 0,70m à l’extrémité est. Côté ouest elle atteint 40cm. A cet endroit, sa largeur est de 0,57m.

Ce bloc granitique possède trois faces ornées. Trois types de motifs ont été gravés dans la roche à deux époques éloignées l’une de l’autre. Nous rattacherons ces deux périodes, au néolithique pour la plus ancienne, au Moyen Age pour la seconde.

 

Les décors sont de deux natures :

 

- Période Néolithique

 Les cupules et le signe cruciforme n°1

 

- Moyenâge

Les croix

Les traces d'outils

 

 Le signe cruciforme du grand plateau

 

Il se compose de deux simples traits qui dessinent une croix latine.

La gravure est sommaire, peu précise et maladroite. Elle est l’œuvre d’un premier artiste, car elle ne s’apparente en aucune façon aux autres modèles étudiés. Dans cette représentation, le trait est indécis. Le dessin de la croix est légèrement tordu. C’est la plus petite de l’ensemble. Elle paraît associée à la cupule n°1 qui se trouve à quelques centimètres plus bas à gauche. Elle semble avoir été obtenue par raclage de la roche plutôt que par piquetage. Nous la classerons dans les cruciformes de type dolménique, nous pensons que c’est de cette époque qu’il faut la dater car elle n’a rien de commun avec les croix relevées sur les autres faces

 

Les croix chrétiennes

 

Elles sont gravées sur les faces sud et est, ainsi que sur le grand plateau. Une se trouve sur le grand plateau, sept ornent la façade sud et la dernière occupe le côté est.

 

Deux styles de décors se dégagent des gravures.

1) Le second concerne une gravure plus élaborée, large, aux traits nets et précis,

2) Le troisième style montre un décor sophistiqué, aux tracés richement ornés, probablement ciselé dans la pierre avec le but de matérialiser un savoir pour les générations futures. Ces traits nous paraissent avoir une signification à caractère hautement symbolique.

 

Il est clair que l’artiste qui a gravé ces œuvres dans la pierre maîtrisait parfaitement le marteau et le ciseau. Les deux traits que nous avons d’ailleurs relevés sur le bord du plateau sont certainement à attribuer à ce sculpteur.

 

La face sud

 

C’est un panneau long de 1,70m, gravé de 7 croix. Elles occupent la position centrale du bandeau et forment 4 groupes distincts.

Les croix n°2, n°3 et n°8 sont isolées. Les croix n°5, n°6, n°7 et n°8 forment un groupe soudé à hauteur de la cassure du plateau. Les bras de ces croix sont enchevêtrés les uns dans les autres. Toutes ces croix, sauf la croix n°5 sont de grandes dimensions.

 

La croix n°2

 

Elle occupe par rapport au bandeau central, une position légèrement décalée vers la base de la dalle granitique. Les bras de la croix s’étirent sur cet axe médian. L’érosion semble avoir considérablement usé le tracé du dessin. Elle semble avoir été obtenue à l’aide d’un burin métallique. Elle est gravée en creux. La gravure est profonde, large et le fond du sillon est relativement plat. Les traces de percussion sont encore perceptibles à certains endroits. Les extrémités des bras et de la haste ont fait l’objet d’une attention particulière. Leur gravure s’achève sur un décor triangulaire assez prononcé, bras de la croix, tête et base de la haste sont pattés. Ce type de croix rappelle les croix d’âge historique. Les trois branches supérieures sont d’égales longueurs.

                 

La croix n°3

 

Elle possède une forme particulière. Gravée selon le même procédé, elle se termine sur un pied recourbé. Le tracé est celui d’une croix latine jusqu’à la base. Ici le dessin se poursuit sur la droite sur quelques centimètres, puis remonte en direction du bras droit. Il s’achève avant de le toucher et le motif s’arrête sur un trait droit. La procédure est différente pour les extrémités des bras de la croix et la tête de la haste qui montre une finition aux traits pattés. La tête de la croix est plus longue que les bras qui sont identiques.

 

Un détail à peine perceptible est visible dans le dessin de la gravure. On perçoit dans le tracé de la haste une reprise au moment de l’élaboration du pied recourbé. Le creusement est légèrement plus large et décalé de quelques millimètres par rapport au trait de la jambe de la croix. Il est également un peu plus profond. Il est visible à environ 3cm du pied et se voit dans le creusement du U formant le pied. Il est probablement dû à la gêne occasionnée par la proximité du sol. Le sculpteur dût composer avec le peu de place qui l’empêchait d’évoluer pour manipuler son burin correctement. L’artiste se retrouva dans la même situation lorsqu’il grava la croix n°9.

 

La croix n°4

 

Cette croix est située à peu près au centre du panneau. C’est une croix latine, pattée aux trois branches supérieures et au pied de la haste. Le sillon est large et aplati. Comme les deux précédentes elle a été obtenue à l’aide d’un burin métallique. Elle est historique.

Les trois branches supérieures de la croix sont d’égales longueurs.

 

La croix n°5

 

C’est la figurine la plus petite de l’ensemble porté par ce panneau. Elle est en forme de croix grecque. Elle est gravée sur le sommet de la dalle près du bord du plateau. Elle est insérée entre les croix n°4 et n°7 et au-dessus de la croix n°6. Les quatre branches de la croix sont pattées. Les bras et la haste mesurent 13cm de longueur. Le pied est plus évasé que les branches supérieures.

 

La croix n°6

 

Elle se positionne sous la croix n°5. Elle semble avoir été rajoutée par l’artiste après qu’il eut gravé les croix n°4, n°7 et n°5. Il donne l’impression d’avoir voulu combler un espace libre. C’est une croix latine aux trois branches supérieures égales. Le pied de la haste et les extrémités des branches sont pattées. Le sillon est large et plat. Elle a été réalisée selon le même procédé et probablement par le même artiste.

 

La croix n°7

 

Elle est accrochée au sommet du panneau, proche du petit plateau. Elle occupe la position la plus élevée de l’ensemble. C’est la dernière du groupe des quatre comprenant les croix numérotées 4 à 7. C’est une croix latine, gravée selon le même principe que ses sœurs. Les branches supérieures et le pied de la haste sont pattés. Le sillon est large et plat. De part ses dimensions, elle occupe la seconde place du groupe.

 

La croix n°8

 

C’est la dernière figure du panneau. Elle est gravée près du sol et dans l’arrondi de la pierre qui forme la face est. Elle est isolée et son dessin est légèrement incliné en direction du nord. Les traits de la gravure manquent de netteté, peut être est-ce le fait de l’érosion. Il est également possible que l’artiste fût gêné par la courbe de la pierre. L’outil est le même que celui qui servit à la confection des croix précédentes. Le fond du sillon est à peu près plat et large. Le tracé de la gravure s’estompe à hauteur des branches supérieures de la croix, qui sont pattées. C’est une croix historique.

 

La croix n°9 – Une gravure chargée de symbolisme

 

C’est une figure complexe qui occupe une partie du petit plateau de la dalle et sa face est. Cette gravure chargée de symbolisme est très intéressante.

L’artiste a semble t’il voulu nous laisser une représentation à la fois monument chrétien, image symbolique et œuvre d’initié. Il a semble t’il, matérialisé dans cette gravure, sa foi chrétienne, sa probable appartenance à un ordre ou une corporation et l’étendue de son savoir.

Nos recherches dans ces différentes directions nous ont permis de retrouver des indices nous permettant une description des différentes figures qui la composent ; les croix, le calvaire, les marques de compagnonnage.

L’ensemble des motifs gravés forme un calvaire dont nous allons décomposer chaque élément pour mieux en comprendre la signification.

 

Les croix

 

La croix du socle

 

C’est la moins visible car elle est incorporée dans le socle du calvaire. Les bras de la croix constituent la barre horizontale qui dessine la base du socle. Les trois branches de cette croix sont pattées,  mais ce détail est moins précis dans le dessin du bras droit qui a été prolongé dans le souci de parachever le socle.

 

La croix du calvaire

 

Elle occupe la position la plus élevée de la figure. Elle se situe sur le pan coupé de la dalle, formé par l’extrémité du petit plateau et le début du panneau est, où se poursuit la gravure du monument chrétien qu’elle veut représenter. Le tracé du sillon est plus profond, les contours sont plus marqués. Il n’est pas impossible que l’artiste ait incorporé dans son dessin trois petites cupules creusées des millénaires auparavant. Si nous observons plus précisément les détails du trait des trois branches supérieures nous constatons que les extrémités forment une petite cuvette ronde. Ce motif ne peut s’apparenter à celui de la croix pattées observé sur les autres croix ou encore du tracé de la croix du socle.

 

Le calvaire

 

La croix est plantée au sommet d’une petite élévation matérialisée par un socle rectangulaire gravé sous le pied. Le burin métallique fut l’outil qui servit à l’artiste. Le bras droit de la croix, déjà décrite, prolongé de quelques centimètres constitue la base du socle. Les longueurs et largeurs sont égales.

Le motif reconnu évoque le Calvaire ou Golgotha, colline où fut crucifié Jésus-Christ près de Jérusalem. Sur cet emplacement s’élève la Basilique du Saint-Sépulchre. C’est au Moyen Age que l’idée de concevoir dans le voisinage des églises paroissiales ces petits monuments souvent magnifiques se diffusa. Ces modestes édifices religieux étaient souvent ornés de la «scène de la passion » mais on les représentait fréquemment, uniquement surmontés de la croix.

 

La marque du tailleur de pierre

 

Elle est constituée par la réunion du socle du calvaire et la croix inférieure aux branches pattées, dont l’une est utilisée pour la figure en P.

La hampe verticale est traversée par les bras de la croix qui se prolonge à droite pour fermer le périmètre du socle du calvaire.

Décomposée, nous apercevons la lettre P dont le pied également orné d’un décor, a fait l’objet d’une grande attention. Malheureusement le trait s’estompe un peu, est-ce l’érosion ou le gel, ou bien encore la proximité du sol qui gêna l’artiste, nous ne savons ? Néanmoins le dessin est nettement perceptible et cette usure n’enlève rien à la beauté et la qualité du décor. Le trait a fait l’objet d’une grande précision. Les tracés sont réguliers et l’ensemble monumental est harmonieux. L’artiste a su maîtriser son art dans la gravure, notamment dans le dessin des courbes qui montrent une réelle perfection de la régularité du sillon. Il en est de mêmes pour les traits horizontaux et verticaux.

Cette maîtrise du burin atteint son apogée dans le décor du pied du P, orné de sillons circulaires qui dessinent en relief deux biseaux parfaitement ronds.

 

Des marques lapidaires de tailleur de pierre

 

Elles se rapportent à la fois aux croix gravées, portées par le panneau de la face sud, et au calvaire du côté est.

Ce modèle de gravures n’est pas unique, ni spécifique à notre région. Jean Abelanet éminent spécialiste des roches gravées en Pyrénées Orientales l’a rencontré à différentes reprises dans le cadre de ces recherches. Il en donne l’explication sur un site, « Le Roc de Nou Creux » (Le Roc des Neuf Croix) qu’il visita sur la commune de Ceret, mais aussi sur des mégalithes et des grottes.

Le dessin des croix du panneau sud se retrouve à l’intérieur de nos églises et cathédrales. Ces croix rappellent les marques de tacherons tailleurs de pierre qui bâtirent nos monuments religieux. Cette version fut confirmée par plusieurs Compagnons du Devoir qui purent examiner ces marques. Selon eux, ces gravures ne purent être réalisées que dans une position bien précise. L’artiste était couché à plat ventre sur la roche, pour chacune de ses oeuvres. Tous ces exemples de croix latines ou grecques, aux branches et à la base pattées, aux sillons larges et plats, à la gravure de qualité, appartiennent vraisemblablement au style roman.

La représentation de la croix N°9 semble revêtir un caractère plus symbolique qui refléterait à la fois l’image de la foi compagnonnique et chrétienne au travers du dessin des croix et du calvaire.

 

Interprétation et datation

 

   Les récentes découvertes se rapportant à ce monument nous laissent penser que nous sommes en présence d’un petit dolmen. Ce mégalithe se composait de 4 orthostates de dimensions modestes qui auraient supporté la dalle de couverture qui n’est autre que le rocher portant les décors étudiés.

Sa christianisation pourrait remonter à l’époque romane.

 

 Les Décors

 

   Il faut les dissocier en deux groupes ; les cupules et le signe cruciforme pour le premier, les croix chrétiennes pour le second.

   Les cupules et le signe cruciforme sont associés à l’art mégalithique. Cette forme d’art a déjà été rencontrée sur plusieurs dolmens et menhirs charentais. Et la Pierre Bergère est d’origine mégalithique comme nous l’avons exposé.

   Les croix chrétiennes datent vraisemblablement du Moyen Age. Les motifs, le tracé, la technique nous laissent penser à un style proche de la fin du roman début du gothique bien qu’il soit délicat d’attribuer un âge à ce genre de gravure rupestre. D’ailleurs dans le motif de type « calvaire », il y a probablement eu récupération de cupules néolithiques pour la confection de la croix qui le surmonte. Nous basons notre hypothèse de datation sur la nature de l’outil, le burin métallique qui servit à graver les croix et autres motifs décoratifs moyenâgeux. Ces présomptions bien que ne constituant pas des preuves irréfutables seront notre conclusion.

  

Etat de conservation du site

 

     La Pierre Bergère ou Roc Blanc fait l’objet d’une légende qui rappelle les croyances païennes de la fécondité.

« Les femmes qui venait rendre visite à ce rocher, devaient se frotter le ventre sur la pierre pour devenir féconde. Le prix de cette « consultation » était laissé sur celle-ci. Il se composait d’épingles, de mèches de cheveux et de peignes à cheveux. »

Aujourd’hui ce monument jouit d’une protection toute naturelle. En effet il est inaccessible. Les ronces qui le recouvrent empêchent toute progression.

(Responsables de l’Etude : Daniel Bernardin, Alain Texier, Bernard Fabre).

 



Note : "

BIBLIOGRAPHIE

Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente

Monuments Mégalithiques de l'arrondissement de Confolens

M. Gustave Chauvet, Séance du 08 Mars 1899

 

Traditions Limousines

M. Jean-Louis Quériaud

 

Les Roches Gravées Nord Catalanes

Jean Abelanet

1990 - DREC

 

Roches Ornées - Roches Dressées

Association Archéologique des Pyrénées-Orientales

2005

 

Prospections Archéologiques

Daniel Bernardin - Bernard Fabre

1980 - 2005

 

DESSIN - PHOTOS

Daniel Bernardin

 

 

"

Liens Relatifs


Précédent |  Suivant

Temps : 0.1457 seconde(s)