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SALLES D'ANGLES - Chapelle Templière de Saint-Jean d'Angles

SALLES D'ANGLES

La Commanderie Templière d'Angles

L'Architecture Templière

Généralités

L’architecture templière ne se résume pas uniquement aux commanderies que l’on côtoie le plus souvent dans nos régions. Un grand nombre d’établissements différents appartiennent également aux possessions de ces ordres chevaleresques militaires et hospitaliers qui nous rappellent le passé glorieux de notre histoire régionales.

Nous évoquons le plus souvent, parmi les édifices templiers et hospitaliers qui sillonnent nos campagnes et nos villes, les commanderies, mais ce terme se englobe et se rapportent le plus fréquemment aux chapelles qui ont traversées les périodes tragiques de notre passé. Les logis, les hôpitaux, les cimetières et leur croix, vestiges du souvenir de ces ordres, ainsi que d’autres constructions civiles, mas, fermes, moulins à eau et très à vent, ponts, quais de chargements dans les ports, voies de communication menant à Saint-Jacques de Compostelle, sont le plus souvent mentionnés dans les ouvrages sans qu’une étude plus approfondie leur soit consacrée.

Nos collègues chercheurs se, sont le plus souvent attachés à la description des monuments apparents, ainsi qu’au tragique dénouement qui entraina la suppression de l’ordre du Temple. Ce travail important permis de retrouver les hommes qui dirigèrent les différents établissements mais également de suivre la trace de ces monuments, lors de leur transmission à l’Ordre Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Il existe toutefois des vestiges invisibles qui se cachaient depuis de nombreux siècles sur la pierre. Rares furent ceux de nos prédécesseurs qui s’attachèrent à les mentionner et à les décrire. Ils le furent seulement en de rares occasions et c’est bien heureux car ses quelques signalements attisèrent notre curiosité. Ils dirigèrent nos recherches sur quelques uns de ces monuments qui méritaient un nouveau regard et une étude plus approfondie.

Le GRAHT, multiplie depuis de nombreuses années ses déplacements sur le territoire de notre ancienne région du Poitou-Charentes à la recherche de ce patrimoine et c’est logiquement qu’à la suite et après la lecture des travaux de Charles Daras que nous sommes venus à Angles. Deux sujets d’études ont attiré nos pas sur cette modeste chapelle.

- En premier lieu nos recherches effectuées en collaboration avec le Centre d’Etudes de Recherches, d’histoire Compostellane (CERHC) à Paris, sont menées sur les lieux de passages des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle en Poitou-Charentes, mais aussi en Europe.

- En second, nos travaux sur les recherches glyptographiques ou l’étude des graffiti gravés dans la pierre par les jacquets et nos amis compagnons du Tour de France revêtent une importance capitale pour une meilleure connaissance des monuments mais aussi de l'histoire d'un lieu à une époque déterminée.

Templiers et Hospitaliers contre toute apparence et préjugé, vivaient correctement mais sans excès. Leur soi-disant richesse ne reposait que sur des possessions terriennes. Ils vivaient, en dehors des grosses commanderies, principalement de leur production agricole sur les terres leur appartenant ou de celles données en fermage.

A l’exception des temples les plus importants au sommet de leur puissance, tels Angoulême, Villegats, la Boixe, Le Fouilloux dont les revenus étaient conséquents, les commanderies vivaient modestement.

Ce n’est qu’à partir de 1139 que les templiers par la bulle « Omne Datem Optimum » purent construire leurs premiers lieux de culte au sein de leur commanderie. Ces églises seront édifiées dans un style dépouillé rappelant celui des cisterciens, selon le souhait exprimé par Saint-Bernard. Le plan sera simple. Le plus souvent, c’est un carré long, avec une largeur restreinte. La hauteur sera faible et le chevet plat sera percé d’un triplet de baies étroites. La nef possède au moins une baie ouverte au sud. Le nord est rarement éclairé mais son mur comporte souvent une porte pour desservir les dépendances, le logis ou le jardin. La nef est voûtée en berceau. Le portail de la façade comporte souvent trois voussures en plein cintre. Les claveaux constituant l’arche des voussures se comptent au nombre de neuf et de treize. Les chapelles templières et hospitalières de la Charente obéissent presque toutes à ce plan. Elles furent construites entre 1095, Boutiers , fondation des Antonins reconnue par le Pape Urbain II (1088-1099) et la fin du XIIe siècle. L’orientation des monuments présente un chevet plat à l’ouest. La nef est voûtée en berceau. Nos édifices charentais ont été bâti dans des lieux stratégiques ; carrefour de voies de communications, près de rivières, sur des hauteurs, dans où à l’orée de forêts.

Angles et sa Chapelle Saint-Jean

Rappels historiques

La chapelle d’Angles et ses anciennes dépendances disparues est l’une des trente trois commanderies que comptait le Grand-Prieuré d’Aquitaine. En 1882, l’abbé Cousin en donne la description suivante : « La commanderie d4angles s’étend durant l’espace de deux kilomètres sur la rive droite du Né, divisé en plusieurs cours d’eau ».

Selon Mme Anne-Marie Legras, la première mention officialisant l’existence de cette commanderie se trouve dans acte passé en l’an 1214 entre le commandeur de l’Ordre du Temple de Châteaubernnard et d’Angles, au sujet du moulin de Beuleure ou Belure et le dénommé André Prêtre et ses parsonniers. Ils passèrent un accord stipulant la rétribution en farine et bleds pour les deux partis, dont voici les termes, « …….et dit que le dit Prêtre et ses parsonniers prendront le tiers des farines et la (sic) vingtième des bleds que l'on mettra dans deux arches, desquelles il y aura trois clefs, une pour les parsonniers, une pour ledit Prestre et l'autre pour le commandeur….. »

Il semblerait que ce document désigne la qualité du personnage dénommé André Prêtre. Nous pensons que ce nom « Prêtre » n’est pas le sien mais qu’il mentionne le ministère de ce premier intervenant, tout comme le second est défini par l’appellation « commandeur » dans le texte.

Nous avons également tenté de retrouver le « Moulin de Beuleure ou Belure » sans succès. Toutefois nous pensons que cette désignation ancienne fait référence au moulin de Beaulieu qui est proche de la commanderie. Nous croyons que le nom en question désigne le monument mentionné dans le texte de l’an 1214 et qu’il s’est transformé en Beaulieu au cours du temps. Aujourd’hui le lieu appartient à la commune de Germignac, en Charente-Maritime, en face et au sud du village d’Angles, sur la rive opposée du Né.

Jean-Claude Bonnin, quand à lui apporte un élément historique complémentaire se rapportant à l’année 1194 pour laquelle il précise que ;

« En 1194, le commandeur de Châteaubernard et d’Angles abandonne le droit qu’il avait dans l’église de Romerville, moyennant que les chanoines de Saint-Pierre d’Angoulême lui abandonnent le droit qu’ils prétendaient en la manse d’Angles, pour y bâtir un moulin. A côté du Pont subsistent effectivement d’anciens moulins à eau. Au XVIIe siècle, un mémoire signale « Le moulin neuf et le moulin viel d’Angles » .

M. Redet, dans sa communication faite à la Société Archéologique et Historique de la Charente en 1867, mentionne la vente le 1er Septembre 1295, du Moulin de Beaulieu, construit sur la rivière « Le Né » entre frère Hugues de Nargat (ou Narzac ou Narsat- 1295-1297), commandeur de Châteaubernard et d’Angles et le curé d’Arthenac en Charente Maritime, R. Foucaud. « Universsis presentes litteras inspecturis Guillelmus de Dompnio, archipresbiter de Archiaco, et Rolbetus Fulcaudi, rector ecclesie de Arthenat, salutem et habere memoriam rei geste. Neea que fiunt in tempore labantur sub tempore, roborari debent auditu testium vel testimonio litterarum. Idcirco volo ego dictus rector ad universsorum et singuorum noticiam pervenire quod ego predictus rector, non vi, non metu nec dolo inductus, set mean voluntatem propriam prosecutes, vendidi et concessi, et me vendidisse et concessisse pro me et meis heredibus sive successoribus in hiis scriptis in perpetuum publice confiteor fratri Hugoni de Nargat, tunc temporis venerabili preceptori de Castro Bernardi et de Angli…………. ».

Cet acte de vente confirme la réunion des deux commanderies sous l’autorité du commandeur de Châteaubernard. A partir de 1313, les commanderies d’Angles et Châteaubernard entreront dans le domaine de celle de Beauvais Sur Matha.

Angles et ses Vestiges Archéologiques et Historiques

Evolution probable du bâtiment du XIIe siècle à la chute des Templiers

La commanderie d’Angles se développe selon une ordonnance commune aux établissements religieux du Moyen-âge. La chapelle, le logis, les granges, les écuries, le réfectoire, l’aumônerie, l’infirmerie, la bibliothèque se trouvaient clos par une muraille qui formait le clos ou l’enclos (clausum). Cette ordonnance donnait à l’ensemble l’aspect d’un bastion fortifié.

Selon un plan ancien, datant probablement de la première moitié du XVIIe siècle, la commanderie d’Angles se développait autour de sa Chapelle.

Pour Anne-Marie Legras, ce plan aurait été dessiné dans la première moitié du XVIIe siècle, à l'occasion d'un litige opposant le prieur d'Aquitaine, commandeur de Châteaubernard et d'Angles à Jacques de La Rochefoucauld, baron de Salles.

Ce document montre vraisemblablement la physionomie et l’étendue de la commanderie comme elle existait au XIIe siècle. La vue de cette esquisse pourrait restituer la vision qu’en eurent les visiteurs seulement quelques années après les guerres de religions.

Les bâtiments comprenaient une maison noble avec sa petite église. Le logis du commandeur doté d’une tour ronde en partie ruinée, était cerné d’un mur d’enceinte qui enserrait le chevet et le mur sud du lieu de culte, réservé aux templiers.

Cette description détaillée fut enregistrée dans procès-verbal de visite effectuée en 1655. Celui-ci précise l’état de vétusté dans lequel se trouvait cette dernière au XVIIe siècle. «…. et, au costé de ladite chappelle et joignant icelle, y a de vieilles murailles et vestiges de bastiments dans lesquelles y a encore quelques ouvertures de fenestres de pierres de taille, le tout ruyné, qui estoit anciennement la maison et logis du commandeur de ladite commanderie d'Angles... ».

Et plus loin dans le texte, sont mentionnés quelques dépendances, indiquant l’emplacement du cimetière des chevaliers. « …..joignant ladite chapelle y a un petit cimetière ou l'on a accoustumé d'enterrer les habittans dudit bourg d'Angles et village en dépendants qui sont du fief et jurisdiction de ladite commanderie…. ».

L’Abbé Cousin, enfant de Salles d’Angles (1836-1884) et M. Origène (1875-1963) érudits locaux, signalent la fosse du Templier, seul vestige bien modeste, pouvant confirmer de nos jours le souvenir de cette commanderie.

A peu de distance, sont décrits l’existence d’un vivier et des moulins à eau dit « moulin vieil et moulin neuf », accolés l’un à l’autre et enjambaient un bras du cours du Né.

« Et joignant ledit cimetière... une pièce de terre... qui apparamment estoit autresfois le jardin de ladite commanderie, laquelle confronte d'un costé au cours d'eau qui descend des moulins de Beaulieu aux moulins d'Angles, d'autre costé aux levades appartenant au sieur Pointreau, notaire royal, un fossé entre d'eux, et d'ung bout a un grand fossé, appelé le vivier du sieur commandeur, qui est tout le domaine propre... de ladite commanderie d'Angles. »

Une légende locale du XVIIe siècle évoque également la déchéance dans laquelle seraient tombés les moines de la commanderie d’Angles. Voici un résumé des conséquences de la découverte de l’eau de vie par le chevalier de la Croix-Maron sur les moines de la commanderie. « …La Croix-Maron, en bon converti, pensa tout de suit à faire hommage de sa divine liqueur à ses amis les moines du voisinage. Il y avait en ce temps-là à Angles, à deux petites lieues de la Brée près de Segonzac, un ancien couvent de Templiers…..Les moines d’Angles qui avaient succédé aux Templiers, réputés pour aimer la bonne chère et les copieuses beuveries, ne pouvaient qu’être sensibles au cadeau de M. de La Croix-Maron. Celui-ci fit porter deux petits fûts neufs, en chêne, deux « carteaux » de la surprenante liqueur. On prévoit ce qu’il advint. Les moines dégustèrent avec une telle abondance l’eau de feu nouvelle de La Brée qu’ils en dormirent pendant deux jours. Le père chapelain se fâcha et cacha dans un coin du cellier du couvent l’un des deux fûts, le seul intact. Le premier était vide. Les années passèrent………Un jour, Monseigneur l’évêque de Saintes vint en tournée pastorale dans la Haute-Saintonge et s’arrêta au monastère d’Angles. Comme il avait entendu parler de cette merveille qu’était l’eau de vie du pays, il demanda au frère cellérier s’il ne pourrait pas la déguster. Le moine se souvint du cadeau de M. De La Croix-Maron et se mis en quête de retrouver la petite futaille enfouie sous la poussière depuis plus de quinze ans. Il retrouva bien le contenant, mais le contenu était réduit de plus de moitié. Il s’en étonna et resta persuadé qu’un de ses compagnons ayant découvert la cachette était venu lui faire de fréquentes visites. En cela il se trompait. C’était l’évaporation qui avait causé tout le mal. En revanche quelle surprise, l’eau de vie avait pris une délicate couleur ambrée et un arôme de fleur de vigne. Monseigneur fut aux anges. Et il proclama que cette liqueur était divine. Il voulu se rendre sur le champ à La Brée pour bénir M. De La Croix-Maron mais on lui fit comprendre que c’était inutile, ce dernier étant mort depuis un nombre respectable de lunes. » Cette anecdote croustillante n’est sûrement pas à l’origine de la chute des Templiers, ni de leur disparition à Angles, comme chacun s’en doute, mais l’imaginaire populaire a conservé dans sa mémoire collective le passé qui fut le sien, lorsque l’Ordre du Temple décida de s’installer sur ses terres.

L’accès au village d’Angles est desservi par un chemin traversant un ancien pont médiéval à deux arches, au léger dos d’âne, qui mène aux moulins et à la commanderie. Cet ouvrage templier est le même que celui esquissé sur le plan du XVIIe siècle évoqué précédemment, au début de notre commentaire. La pile centrale de cet édifice en pierre de taille, proprement assemblées porte un blason dont la lecture s’altère peu à peu. Les arches sont régulières et esthétiques. Dix bornes massives ancrées dans le corps du parapet supportent une barre métallique cylindrique formant un garde-fou au-dessus de la rivière. Sur la pile centrale se reconnaissent les armes d’un Grand-Prieur de l’Ordre de Malte. Ce sont celles de Frère Georges De Régnier-Guerchy, Grand-Prieur de l’ordre de 1593 à 1600, contenues dans un écu qui se dit à « Six besants au chef de Malte ».

En ce XXIe siècle que subsiste t’il de ce glorieux passé ? En vérité peu de choses. Nous avons très certainement exploité les derniers secrets des templiers lors de nos recherches. Comment un tel monument a-t-il pu disparaitre peu à peu et perdre le prestige qui s’attachait à son histoire.

Plusieurs raisons sont sans doute à l’origine de sa perte. L’une d’elle pourrait être la conséquence de sa pauvreté, une autre les guerres de religions, une troisième des querelles entre les seigneurs et l’Ordre, la négligence des autorités civiles et religieuses, des frais de réparations trop élevés, enfin le pillage et le vandalisme moderne (collecte de pierre, dégradations diverses indéterminées) et pour achever cette énumération les phénomènes et évènements atmosphériques naturels. Nous savons par les textes du XVIIe et XVIIIe que les revenus de la commanderie étaient très faibles. C’est probablement cette raison qui fit qu’au XIIIe siècle elle fut rattachée à celle de Châteaubernard. Après les guerres de Religions, les bâtiments domestiques sont en partie détruits. Ils ne seront pas reconstruits précise l’acte de visite. En 1655, un prêtre séculier venait y célébrer l'office le dimanche et lors des quatre principales fêtes de l'année. Il percevait pour ces différentes prestations 36 livres par an. En 1718, il en coûtera 200 livres par an au prieur d'Aquitaine pour maintenir le service religieux à la chapelle d’Angles.

En 1776, un autre rapport fait état d’un état de conservation qui se maintient.

L’église, en dehors de quelques vitres brisées ou manquantes et de quelques pierres absentes résiste au temps. Mme Anne-Marie Legras avance l’hypothèse de la construction de la sacristie adossée au chevet extérieur à cette date, car elle apparait sur le cadastre napoléonien de 1850. En effet elle n’apparait pas sur le plan du début du XVIIe siècle.

Etude Architecturale et Architectonique de la Chapelle Saint-Jean

Etude architecturale des extérieurs

La Façade

Long bâtiment de près de dix neuf mètres de longueur, pour neuf de large, la chapelle a perdu ses dépendances auxquelles on accédait par une porte percée dans le mur sud.

L’austérité de la façade uniformément plane, est adoucie par une baie qui a été obturée au deux tiers de sa hauteur. Cette ouverture reposait sur un cordon ou larmier de pierre sans ornements, peu saillant séparant l’étage du rez de chaussée. De nos jours, elle se positionne à mi distance du clocher arcade et de cette assise de pierre.

A l’étage inférieur se place le portail en plein cintre sobre et sans aucun décor. Au niveau supérieur se dresse le clocher arcade, construit entre les deux rampants de dalles plates du pignon et au centre de la façade.

A gauche et au niveau de la base de l’arcade du clocher, un bloc porte deux noms et une date gravés les uns au-dessous des autres. Sur la première ligne se lit le nom de « P. DOUBLET ». Sur celle du dessous est inscrit le nom « MARECHAL ». La dernière mentionne la date de « 1643 ». La date de « 1643 » montre des chiffres à l’exécution parfaite. Cette date correspond probablement à une réfection du clocher. En effet un texte indique que l’église aurait été en partie refaite en 1525 . Celle-ci correspond aux réparations intervenues après les destructions causées par la guerre de Cent Ans. Ensuite le rapport de visite effectué en 1655 « fait état du bon état de l’église et il précise de plus que l’office y était célébré par un prêtre séculier chaque dimanche et lors des quatre fêtes principales de l’année ».

Ces indications sont intéressantes car elles sembleraient souligner qu’après les dégradations intervenues au moment des guerres de Religions, l’église fut à nouveau restaurée. La date de 1643 pourrait correspondre à la campagne de travaux destinée à réparer les dégâts causés sur ce lieu de culte, au cours de cette période mouvementée de notre histoire.

Les Murs Gouttereaux

Chaque côté de la chapelle est renforcé de trois contreforts qui épaulent les angles de la façade et du chevet. Les deux derniers renforcent l’axe central de l’édifice.

Le mur nord est aveugle. L’éclairage de la nef est assuré par deux baies, percées à des hauteurs différentes, ouvertes dans le mur sud. Comme aperçu sur la façade, le cordon ou larmier se poursuit au même niveau et court horizontalement tout le long du mur.

Dans la partie inférieure, des corbeaux ou crochets de pierres saillants, installés depuis l’origine de la construction au XIIe siècle, recevaient les bois de charpente des dépendances de la commanderie. La porte colmatée proprement, visible dans le corps du mur permettait vraisemblablement d’accéder à l’ancien logis du commandeur.

Entre les contreforts sud, la partie supérieure des murs s’achève par une corniche sculptée en quart de cercle, ornée de modillons à profil en cavet, lisses et sans décor, disposés par série de huit. Seule la moulure concave en arc de cercle apporte une touche d’esthétique à l’ascétisme souhaité par les templiers.

Le Chevet

Le chevet est typique de l’architecture templière. Il est plat et son triplet est parfaitement centré. Les trois baies accrochent la lumière du levé de soleil et la restitue dans la nef. Elles sont installées sous le larmier courant pratiquement sous la base des extrémités des deux pans du toit. Elles paraissent avoir été d’une hauteur plus importante, car nous avons relevé un remplissage réalisé avec des moellons équarris. Ce comblement bouchant sur la moitié de la hauteur les trois baies à probablement été effectué au moment de la construction de la sacristie.

La Sacristie

Adossé au chevet, c’est un bâtiment aux dimensions modestes éclairé par une petite fenêtre ouverte à l’est. Bien que son positionnement soit malvenu dans le corps du monument, il montre une réalisation soigné dans le choix des blocs entrant dans sa composition. La sacristie est uniquement accessible par le chœur. Il est fort probable que l’occultation des bais de la façade et du chevet soit intervenu au moment de la construction de cet édicule. Selon les recherches de Mme Anne-Marie Legras, son élévation daterait des environs de l’an 1776. Les procès-verbaux de visite du XVIIIe siècle indiquent que, si parfois quelques vitres manquent, la chapelle demeure solide et bien couverte. Lors de leur passage en 1776, les visiteurs remarquent cependant qu'en plusieurs endroits qui manque des pierres et qu'elle a besoin d'estre grifonnée dans tout le dehors à chaux et à sable. »

Etude architectonique des extérieurs

Avant de rentrer dans ces détails techniques il faut se poser la question suivante. Pour quelles raisons, car elles sont multiples l’Ordre des Templiers décida t-il d’implanter une commanderie à Angles ?

La première est religieuse. En effet les templiers se devaient d’assurer la protection des lieux saints chrétiens et des pèlerins. Un chemin secondaire du Pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle passait par Angles. Un flux de pèlerins empruntaient cette vois de communication.

La seconde est stratégique, car ce chemin est une ancienne voie romaine, donc qui existait toujours au XIIe siècle. De plus ces voies de communication étaient empruntées par tous les voyageurs. Le commerce et ses échanges ainsi que les mouvements de population transitaient par celles-ci.

La troisième raison est probablement d’ordre économique, car la construction de la commanderie, tout comme celle des monuments religieux de la région, exigeait une grande quantité de matériaux. Il fallait donc qu’elle se positionne à proximité des lieux de production.

Enfin la quatrième est d’ordre militaire car son rattachement à la commanderie de Châteaubernard ne fut sans doute pas une décision innocente. En effet les chevaliers du Temple se partageaient ainsi la surveillance d’un territoire compris entre Cognac, Pons, Jonzac et Barbezieux au sud et saintes, Angoulême et Beauvais Sur Matha au nord qui deviendra au début du XIVe siècle la maison cheftaine de ces deux commanderies.

Il nous faut remonter à l’Antiquité pour comprendre les raisons de cette installation à Angles. Selon l’Abbé Michon et M. Piveteau, une ancienne voie romaine en provenance de Cognac empruntait l’itinéraire suivant passant par : Crouin, la rue de Pons, Saint-Martin, Dizedon, Bellevue où elle coupe le chemin Boisné, la côte de Saint-Jacques, Treillis, Côt de Reigner, près de « Les Justices », près de « Les Potences », la Rente, Salles d’Angles, Boute-chèvre, le tracé de la route de Salles à Angles jusqu’à un carrefour de chemins où devait se dresser un borne milliaire si l’on croit le souvenir matérialisé par l’appellation « Moulin ruiné de la Millière » et Angles où l’on francjissait le ruisseau du Né par un gué. Au-delà la voie se prolongeait vers Beaulieu, Saint-Romain, Germignac, Sainte-Lheurine, Neuillac, Romas, Saint-Martial de Vitaterne, Jonzac pour atteindre Blaye.

Angles était donc desservie par une voie carrossable constituant pour le sud Charente une voie de grande importance. Cet itinéraire, comme nous venons de le constater dans l’énumération des lieux traversés, a gardé le souvenir du passage des pèlerins de Saint-Jacques dans sa toponymie. « La Côte Saint-Jacques indique clairement un lieu de pérégrination emprunté par les jacquets. Pèlerins qui venaient de Cognac et au-delà depuis l’abbaye de Fontdouce en suivant les chemins passant par les églises Saint-André et Saint-Martin de Louzac, Saint-Laurent de Cognac et Saint-Rémi de Merpins puis ensuite poursuivre par Bellevue pour parvenir à Angles. Les Templiers remplissaient ainsi l’un des vœux qu’ils avaient jurés de respecter.

Une autre raison est d’ordre stratégique et militaire. Le fait de s’installer à Angles permettait au Templiers comme nous l’avons déjà souligné, de se partager avec la commanderie de Châteaubernard, la surveillance de ce secteur géographique du sud Charente et contenir les actes de brigandage. Mais surtout cette voie romaine permettait des déplacements rapides et donc de contrôler tous les mouvements de population et les échanges commerciaux. Ils apportaient éventuellement leur assistance aux infortunées et malchanceuses victimes d’accidents. Enfin la dernière raison qui nous interpelle est d’ordre économique. Pour vraiment comprendre pourquoi, les chevaliers de l’Ordre des Templiers ont construit leur commanderie dans ce modeste hameau, il faut en chercher la cause pour sa réalisation.

La réduction des coûts fut vraisemblablement l’une des obligations principales de cette installation. Il fallait que se trouvent dans un secteur géographique proche tous les matériaux indispensables à la construction de leur chapelle et dépendances. Les carrières de pierre et les four à chaux à Archiac, les sablières à Saint-Fort, tuileries et briqueteries au sortir de Salles d’Angles où le plateau des tubias étais couvert de débris de tuiles rappelant peut-être le souvenir d’un atelier de tuiliers et la voie communication importante traversant le hameau d’Angles, influencèrent certainement leur décision dans le choix de leur entreprise.

La faible distance de livraison entre ces points favorisa la création de leur établissement hospitalier à Angles. Le Né offrait de plus les conditions indispensable à la construction de moulins, donc un apport financier supplémentaire.

Le Bâti Templier

L’observation des murs de la chapelle montre une construction soignée. Bâtie en pierre de taille englobant tous les types d’appareil, on peut encore apercevoir sur certains moellons les traces du layage laissé par la laie des tailleurs de pierre. Cet outil à deux têtes, dont l’une est tranchante et l’autre dentelée, était dit « marteau à bretter ». En usage dans cette corporation, il servait à dresser les parements de pierre.

Un soubassement constitué de deux rangs de pierre sert de base à la construction de la chapelle.

Les murs reposent sur cette assise. L’agencement des rangs de moellons et réguliers. Les alignements sont parfaitement rectilignes. Les lits sont réalisés avec des pierres de grand appareil (+ de 35cm), de moyen appareil (25 à 35cm) et de petit appareil (-25cm).

Les moellons de gros calibre sont parfaitement ajustés. Entre eux s’intercalent irrégulièrement des blocs plus petits, mais toujours insérés proprement sans que cela nuise à l’esthétique de l’ouvrage.

Les joints d’origine sont fins, environ un centimètre d’épaisseur. Le remplissage en était fin. Seules les restaurations les plus récentes, vraisemblablement du XXe siècle, montrent un rechargement de ceux-ci au ciment gris, grossier et sans application. Certains « défauts » qui n’en n’étaient pas, car ils s’agissaient de témoignages laissés par les pèlerins ou les compagnons, ont été soit recouverts, soit effacés ou encore abîmés au cours de ces travaux. Quelques graffiti ont ainsi été détériorés ou encore carrément bouchés par ignorance.

Le bâti de la sacristie, estimé avoir été édifié vers 1176, montre un style différent. Si les angles sud-est et nord-est ont fait l’objet d’une attention particulière car ils sont montés en pierre de taille de grand et moyen appareil, il en est tout autre des murs.

Bien que réalisés à moindre frais, La fourrure du bâti extérieur est soignée. Elle est constituée de rangs de moellons en petit calibre à l’alignement régulier. Le calibrage des blocs est varié et il donne ainsi à la construction un aspect esthétique non négligeable qui atténue le caractère disgracieux de sa présence sur le chevet.

Etude architectonique de la nef

La longue nef est desservie par un perron de trois marches qui vient buter contre la tourelle d’escalier du clocher.

Ces degrés mènent sur un sol cimenté imitant un carrelage losangé dessinant l’allée centrale et inséré dans un cadre de dalles verticales et divisé en deux partie par une traverse, en son milieu . Du côté des latéraux, le pavage dessine des longues rangées de dalles rectangulaires. Ce sol a été modifié à une date inconnu, mais ce travail semble avoir été exécuté à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle.

Le mur gouttereau sud conserve le passage de la porte ouverte au XIIe siècle qui desservait les dépendances de la commanderie. La tourelle conduisant au clocher s’élève dans sa proximité.

On retrouve sur ces murs, des joints identiques à ceux de l’extérieur. Ils ont probablement été refaits à la même période que ces derniers.

Le chœur inscrit dans le prolongement de la nef est installé sur une terrasse épousant la largeur totale de la salle. Il est clôt par une balustrade en fer forgé très ouvragé datant probablement du XIXe siècle. L’autel majeur repose sur une plateforme à deux degrés. Outre l’autel, le chœur renferme la piscine installée dans le mur sud et un placard encastré dans celui du nord. Une porte positionnée dans l’angle sud-est donne accès à la sacristie. L’éclairage du chœur est assuré par le triplet et de la grande baie percée dans le mur sud.

Un cordon en quart de rond ceinture le périmètre des murs de la nef et marque la naissance de la voûte. Il supporte une voûte en anse de panier dépourvue de doubleaux. Cette couverture pourrait avoir été établie au XIXe siècle.

La tour du clocher, polygonale, possède une porte surmonté d’un blason aveugle. L’escalier à vis, sombre reçoit peu de lumière. Seules deux modestes lucarnes captent un peu de lumière. La paroi du nord s’embellit d’une colonnette du XVe siècle.

L’intérieur de la nef est recouvert d’un badigeon très altérer mais qui demeure gênant pour la lecture des graffiti en certains endroits. Cet enduit a été peint de faux joints d’appareil.

Quelques fragments de peinture subsistent près du chœur. Ils montrent un grand cercle dans lequel posait un décor disparu.

Conclusion

La chapelle templière d'Angles, petit monument perdu à l'extréme sud-ouest de la Charente est un monument qui conserve des vestiges et un passé hautement intéressant. L'étude de ses graffiti templiers et jacquaires nous révèlent son importance sur un chemin qu'empruntaient les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle et sur le rôle que jouaient les chevaliers de l'ordre dans ce coin reculé de notre département. Les murs de la chapelle conserve un patrimoine que nous avons pu sauver du néant et de l'oubli par les prélèvements que nous avons réalisé et les moulages que nous en avons obtenu. Nous savons également aujourd'hui que les pèlerins passaient par l'église Saint-Maurice de Salles d'Angles. Mais ces recherches feront l'objet un jour prochain d'un autre article.

Références (bibliographie, archives, photos IGN…) :

Charles Daras – « Les Templiers en Charente les Commanderies et leurs Chapelles » - Pages 98-99 – 1981.

Et Mémoires de la Société Archéologiques et Historiques de la Charente – Page 60 – Années 1951-1952.

Abbé Cousin– « Histoire de Cognac, Jarnac, Segonzac et d’un grand nombre de localités entre Saintes § Châteauneuf, Archiac et Rouillac, Pons et Saint-Jean d4Angély » - Page 88 - Tome I - Editions Pyremonde/Princi Negue – 1882/2007.

Anne-Marie Legras – « Les commanderies des Templiers et des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem » Editions du CNRS - 1983.

Jean-Claude Bonnin – « Les Templiers et leurs Commanderies en Aunis, Saintonge, Angoumois – 1139-1312 – Avec les Planches dues à la plume de Bernard Arman » Page 65 – Rumeur des Âges – Année 1983

M. Rédet. Archiviste de la Vienne – « Chartes Concernant Les Commanderies de Château-Bernard et d’Angles, près Cognac ». Pages 71 et 72 – Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente – Année 1867.

Bernadette Julien – La Premièrze chaudière. D’après Paul Dyvonne.

Wikipédia – Commanderie d’Angles

Abbé Jean NANGLARD - Vicaire Général - Pouillé Historique du Diocèse d’Angoulême - Tome Troisième - Diocèse de Saintes - Angoulême imprimerie Despujols - 1900

Jean George - Les Eglises de France - Charente - Société Archéologique et Historique de la Charente - 1933

Charles DARAS - Les Commanderies et leurs Chapelles Dans la Région Charentaise - Mémoires de la Société Archéologique et Historique De la Charente - nnées 1951-1952 A 1953

Giorgio PERRINI - Les Aveux des Templiers - Editions Jean de Bonnot - 1982

François SEMUR - Abbayes, Prieurés et Commanderies De l’Ancienne France (Vers IVe siècle – Vers XVIIIe siècle) - Poitou – Charentes – Vendée - 1984

Daniel BERNARDIN - Robert de Craon - Deuxième Grand-Maître de l4ordre du Temple - Les Amis du Vieux Confolens - Bulletin Trimestriel N°218 - Année 1986

Maurice CARTRAUD - La Chapelle d’Angles - Février 2016

Eugène HAROT - Essai d’armorial des Grands-Maîtres de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem Rome Collegio Araldico - Corso Vittorio Emanuele, 101 - 1911

Photos : Daniel Bernardin - Fabien Truffandier - François Paratte

Etude du site : Daniel Bernardin - Philippe Moreau - Jeanine Moreau

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SALLES D'ANGLES

Eglise Templière Saint-Jean d'Angles

Le GRAHT présentera dans les mois qui viennent son travail sur l'inventaire des graffiti gravés sur les murs extérieurs et intérieurs de cette chapelle templière du sud Charente.

Dans cette attente, nous vous proposons de découvrir dès à présent, quelques unes des découvertes se rapportant à ce monument. L'étude de celui-ci est actuellement en cours, mais ce court-métrage réalisé par la société de production "Proxitélé", vous dévoilera quelques unes des découvertes du GRAHT, relevées sur la chapelle Saint-Jean, qui passera en 1312, dans le domaine des Hospitaliers de Beauvais-sur-Matha.

Voici le lien qui vous permettra de visionner le film.

https://www.youtube.com/watch?v=LvgoEOw3YS4



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