
CHAMPNIERS - L’AQUEDUC GALLO-ROMAIN DE COUZIERS-VILLENEUVE
Date : Samedi 18 juillet 2026 @ 18:08:36 :: Sujet : ANTIQUITE
"CHAMPNIERS" -« L'AQUEDUC GALLO-ROMAIN DE BOURSE VERT »
PREAMBULE
Pour les uns il était un vestige de l’époque romaine et pour les autres il servait à la viticulture au moyen-âge. Jusqu’en 1993, il existait un doute, sur la nature exacte de cet ouvrage.
C’est en 2012 que le GRAHT décida de se rendre sur les lieux et de réaliser une étude scientifique complète du monument. L’association qui travaille depuis de longues années sur les ouvrages hydrauliques de la Charente, de Corse et d’autres régions entreprit de résoudre l’énigme qui se posait autour de cet aqueduc.
Ce travail nécessita de nombreux déplacements et de multiples relevés de mesures, d’études des profils et du conduit de l’aqueduc, de l’architecture du monument et de son implantation dans le paysage local et d’analyses des méthodes de fabrication et de pose des blocs.
Nous vous livrons le résultat de ces travaux qui révélèrent un monument particulièrement intéressant. Son étude nous livra de précieux renseignements sur les méthodes de construction des aqueducs par la civilisation gallo-romaine.
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« L'AQUEDUC GALLO-ROMAIN DE BOURSE VERT »
La portion d’aqueduc étudiée, s’étire sur environ 150m de long, entre les hameaux de Villeneuve et la route reliant « Villeneuve » au hameau de « Le Breuil-Pinaud ». L’origine des vestiges se situent au-dessus de l’étang bordant cet itinéraire.
A ce point du monument, nous nous trouvons à l’altitude de 73m. Les éléments ruinés, retrouvés dans la sablière de la combe de « Villeneuve », gisent dans la clairière proche du chemin blanc la desservant, au nord de ce village. Ces éléments se situent à l’altitude de 70m.
Dans la vallée, près du hameau de « Villeneuve », l’aqueduc débouche dans une clairière sablonneuse qui servit de sablière. Ce qui représente une inclinaison de l’ouest vers l’est de 3m, sur une distance de 150m. La pente de l’écoulement dans le conduit de l’aqueduc indique une déclivité de 2cm/m.
Trois points du monument ont retenu notre attention et nous ont permis de dresser une étude partielle des vestiges reconnus.
Le premier se rapporte à une section d’aqueduc qui se découpe dans la barrière sablonneuse du coteau, au-dessus de la clairière,
Le second concerne les éléments détachés du conduit tombés dans la clairière,
Le troisième et dernier tronçon s’étire au-dessus des rives d’un étang.
L’Aqueduc de la clairière
C’est probablement l’exploitation de la sablière qui est à l’origine de l’effondrement d’une partie de l’aqueduc dont les éléments gisent en plusieurs endroits de la clairière.
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Le conduit qui apparaît au sommet du coteau montre un canal de faibles dimensions. L’infrastructure est parfaitement visible et elle se décompose ainsi :
- Plusieurs mètres de sable de rivière ou de garenne, d’environ 5m d’épaisseur,
- Un radier de pierres irrégulières d’une épaisseur d’environ 25cm,
- Un conduit d’aqueduc de fabrication humaine montrant un élément de 35cm à 40cm d’épaisseur,
- Des dalles de couvertures plates, d’environ 5-6cm d’épaisseur ;
Les dimensions extérieures du conduit montrent une section de 40cm de hauteur sur 0,50m de largeur. Le profil du specus possède des piédroits de 18cm de hauteur et une largeur identique pour le lit et le sommet des blocs, soit 15cm. L’épaisseur des piédroits varie entre 18 et 22cm, mais à l’entrée, elle est de 17 à 18cm. Il en est de même pour les bases des éléments retrouvés. Celles-ci varient entre 0,50m et 0,60m.
LES ELEMENTS ISOLES TOMBES DANS LA CLAIRIERE
Ils sont au nombre de 9.
Les longueurs sont variables.
Le bloc N°1 mesure : 1,90m
Le bloc N°2 mesure : 1m
Le bloc N°3 mesure : 0,75m
Le bloc N°4 mesure : 0,95m
Le bloc N°5 mesure : 1m
Le bloc N°6 mesure : n’a pu être mesuré
Le bloc N°7 : 1,40m
Le bloc N°8 : n’a pu être mesuré
Le bloc N°9 : n’a pu être mesuré, enfoui dans le talus.
Les bases et dimensions extérieures sont les suivantes :
Bloc N°1 : B = 0,50cm H des piédroits = 40cm E des piédroits = 20cm
Bloc N°2 : B = 0,60m H des piédroits = 40cm E des piédroits = 22cm
Bloc N°3 : brisé dans sa longueur,
Bloc N°4 : B = 0,55m H des piédroits = 40cm E des piédroits = 20cm
Bloc N°5 : B = 0,57m H des piédroits = 40cm E des piédroits = 18cm
Bloc N°6 : n’a pu être mesuré
Bloc N°7 : B = 0,55m H des piédroits = 30cm
Bloc N°8 : n’a pu être mesuré
Bloc N°9 : B = 0,50m H des piédroits = 40cm E des piédroits = 17 à 18cm
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FABRICATION DES ELEMENTS D’AQUEDUC
Malgré des dimensions inégales dans les longueurs, les blocs ont été fabriqués selon le même procédé technique.
Les composants entrant dans le mélange de la préparation du mortier sont identiques à chaque bloc. Parmi les vestiges examinés, nos observations nous ont permis de reconstituer le procédé de fabrication qui se compose des matériaux suivants :
- De nombreux morceaux de pierre calcaire de forme irrégulière provenant d’un concassage raisonné,
- Un mélange de sable fin et de gros graviers de rivière,
- Un concassage fin, de tuileaux gallo-romains, donnant au mortier sa couleur rose. C’est cette teinte, qui dans la mémoire populaire locale, a influencé le jugement de la population et a fait de ce monument, un aqueduc dans lequel on faisait couler le vin des vendanges.
- Un mortier à la chaux hydraulique,
- Un enduit d’étanchéité d’environ 1cm à 1,5cm d’épaisseur, de couleur rose, visible sur le lit. Les parois et le fond des blocs montrent un lissage propre et régulier, exécuté à l’aide d’un outil rudimentaire. Cet enduit assurait un meilleur écoulement et évitait les pertes en eau.
Nous avons également constaté qu’un dépôt calcaire d’environ 2mm d’épaisseur, s’était déposé sur les parois de certains éléments, au cours du temps.
Nous pensons que cet aqueduc a été construit en tranchée car il se trouve à une faible profondeur, comme on peut le remarquer sur les photos.
L’aqueduc semble avoir été coulé à l’aide d’un coffrage en bois fabriqué en U, probablement déplacé au cours de l’avancement des travaux de la canalisation. Nous croyons que les terrassiers romains coulaient une semelle de béton au sol, sur le radier, puis à l’extérieur de ce coffre, en faisant coulisser dans la tranchée, le gabarit en bois matérialisant le conduit de l’aqueduc. Il est possible que plusieurs coffrages en bois aient été utilisés pour la construction de cet ouvrage hydraulique
L’aqueduc possédait des dalles de couverture naturelle, que l’on peut encore apercevoir sur plusieurs sections du monument, tout le long de son tracé. Il semble que deux couches de pierres plates aux joints intercalés recouvraient le canal de l’aqueduc. Il est probable qu’à l’origine il s’étirait à l’air libre, permettant ainsi un entretien plus aisé.
De plus nous n’avons pas retrouvé de regard de visite, ce qui était inutile, de part sa présence au niveau du sol et surtout la faible section du specus. Pour assurer cet entretien, curage, consolidation des parois, remise en place des dalles de couverture, il suffisait simplement de retirer une ou plusieurs pierres plates pour procéder au nettoyage.
INTERPRETATION ET DATATION
Nous pensons que cet aqueduc est d’époque gallo-romaine et non médiéval comme le suppose la tradition populaire. Il n’a jamais servi à transporter le vin, comme le présumait un auteur du XXe siècle.
Voici la description qu’en faisait M. Magnant, instituteur de Balzac dans un procès verbal de la Société Archéologique et Historique de la Charente à la date du 20 Novembre 1895 (Page XCII) ;
« A Villeneuve, on a constaté sur plusieurs points les restes d’un canal qui prenait l’eau à la fontaine de Couziers pour la conduire probablement aux villae romaines des environs d’Argence ; on l’a retrouvé jusque près du hameau de Fontenille (Aujourd’hui il se nomme La Fontenelle). »
M. J Gemon, dans un Mémoire de la BSAHC de 1954, rapporte la légende populaire suivante :
« La tradition veut que cette canalisation souterraine ait été destinée à transporter le vin de Couziers à Argence ou à La Fontenelle, soit sur une distance de plus de 2km. »
Septique dans un premier temps, l’auteur semble convenir que cet ouvrage hydraulique aurait pu servir à acheminer le vin vers la vallée car indique t’il, il n’existe pas de source ou de fontaine à Couziers et conclut que les puits du village vont chercher leur eau à une profondeur se situant entre 20 et 25m.
Notre conclusion est qu’il n’est pas impossible que de grandes citernes ou bassins romains, aujourd’hui disparus, peut être comblés ou incorporés dans d’autres éléments de constructions des siècles passés, soient les réservoirs d’eau qui alimentaient ou apportaient un complément en eau aux villae situées en contrebas dans la vallée. Nous ne croyons pas à cette tradition populaire d’un transport du vin par cet aqueduc. L’acheminement par amphores ou fûts sur charriot, lui assurait une meilleure conservation et représentait un coût moins élevé que la construction d’un aqueduc.
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Selon M. J Gemon, il daterait du IIIe siècle, la construction de cet ouvrage hydraulique.
Faute de mobilier, nous émettrons l’hypothèse que ce monument a pu être construit entre le IIIe et IVe siècle.
ETAT DE CONSERVATION DU SITE
Bien qu’il soit endommagé en de nombreux points de son tracé, ce monument conserve un intérêt certain pour le patrimoine charentais. Plusieurs sections sont dans un état de conservation assez propre. Il présente un intérêt archéologique et historique véritable. Il mériterait une restauration partielle et une protection officielle afin de le préserver de la destruction définitive qui le menace.
Les nombreux blocs gisants sur une aire de diffusion assez restreinte, mériteraient d’être récupérés et de figurer dans un musée pour une exposition publique.
MOBILIER RAMASSE
Aucun mobilier n’a été recueilli sur le terrain. Seuls plusieurs éléments brisés gisent sur le sol d’une clairière.
CONCLUSION
L’étude de ce monument nous a révélé la nature exacte de ce dernier. Aujourd’hui nous avons une vision exacte de la nature de cette construction. Les matériaux retrouvés sur les différents points de l’ouvrage dévoilent les ingrédients qui entre dans la composition des mortiers et qui correspondent aux principes techniques de fabrication des artisans gallo-romains.
Avec les éléments retrouvés sur le terrain, nous avons pu reconstituer la méthode de construction et son principe de protection à l’aide de dalles de couverture, tel qu’il devait être à l’origine de son édification.
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