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ESSE Le Trésor Liturgique de l'Eglise Saint-Etienne

ESSE

(16 Charente)

 

Le Trésor Liturgique

De

L’Eglise Saint Etienne

 

Histoire d’une découverte[1]

 

La fouille de l’église Saint Etienne de Esse est intervenue à la suite de travaux de restauration de ce monument confolentais. Cette intervention fit l’objet d’une fouille archéologique de sauvetage, au cours de l’hiver 1995.

C’est à l’appel du maire que nous nous sommes rendus sur le site. Il nous remit au cours de notre rencontre une boîte à chaussures, dans laquelle se trouvaient des fragments d’ossements humains, des tessons de céramique antique et médiévale, des clous et deux longues tiges métalliques, enveloppées d’un mortier très ancien, masquant totalement leur nature.

Ces débris avaient été recueillis par les employés communaux qui participaient aux travaux. Lorsque ces “tiges” furent dégagées de leur gangue de béton avec beaucoup de minutie par nos soins, leur valeur artistique nous apparut véritablement.



[1] Daniel Bernardin & Bernard Fabre,

Fouille archéologique de l’église Saint-Etienne de Esse,

Rapport de Sondage Archéologique l’Eglise Saint-Etienne d’Esse, Service Régional de l’Archéologie Poitou-Charentes, SRA Poitiers.

"Esse Le Chandelier Divin du Millénaire des Ostensions"

Année 1995.

 



ESSE

(16 Charente)

 

Le Trésor Lithurgique

De

L’Eglise Saint Etienne

 

 

Lieu de la découverte du Trésor Liturgique

 

Ces deux chandeliers, retirés des décombres, avaient été emmurés dans l’absidiole nord, qui n’apparaissait sur aucun plan ancien[1]. Ce trésor livra, un chandelier émaillé, doré, champlevé limousin de la fin du XIIe, début du XIIIe siècle (1195-1205) et un chandelier pascal en cuivre rouge, du XIVe siècle.

 

Le chandelier émaillé

 

Le chandelier en cuivre rouge, doré à la feuille d’or (appliquée au mercure?), est émaillé dans les surfaces réservées à cet effet, d’émaux de couleurs turquoise bleu lapis, blanc, noir, rouge, jaune vert.

Son assise pyramidale est supportée par trois pieds. La base de chaque face est légèrement arquée ou connexe vers le haut. Chaque face est décorée d’un chevalier, luttant contre une sorte de végétal, symbolisant le mal. Trois fûts cylindriques ouvragés, séparés par deux globes ciselés, s’élèvent au-dessus de l’ensemble, soutenus par un axe de section carrée, cassé et tordu à son extrémité. Cet axe devient arrondi dans la partie supérieure et devait recevoir une bobèche qui, malheureusement, n’a pu être retrouvé lors de notre fouille archéologique.

Les pieds représentent des pattes finement ciselées, surmontées d'une sorte de masque figurant une tête de lion qui possède la particularité d'être symétrique si on le retourne. Ces pieds sont entièrement décorés à la feuille d'or et pourraient symboliser le courage, la loyauté. L'assise est de forme pyramidale. Les arêtes, légèrement arquées, sont sont soulignées d'une bande dorée, ciselée d'un décor hachuré ou guilloché, tout comme les dessins ornant les faces.

Un demi-cercle sépare la surface des deux côtés opposés supérieurs de chaque face. L’arc est tourné vers le bas et garni d’un émail bleu turquoise, bordé d’une fine bande dorée, soulignée en son milieu par un trait finement exécuté. Cette demi-sphère pourrait représenter la surface terrestre. Sous ce décor, partent de façon opposée, deux branches terminées par une sorte de fleur au cœur rouge, qui se prolonge à sa base, donnant une impression d’assise. Ces deux fleurs pourraient représenter les deux ancres de la tranquillité stabilisant la terre.

Au-dessus du demi-cercle, un guerrier, un héros puisqu’il est doré, combat une sorte de végétal, posible représentation du mal. Il évoque, la force, la jeunesse et le courage. Son épée ne possède pas de garde, son bouclier porte sur sa partie supérieure une tache rouge, signe d’agressivité. Sa chevelure diffère d’une face à l’autre. Doit-on y voir le signe d’une évolution? (cheveux lissés, apparition d’un chignon, tête ceinte d’une tresse terminée par un chignon, symbole de victoire). Les vêtements diffèrent d’une face à l’autre. Plis et décors varient d’un chevalier à l’autre. Le tronc de chaque preux se transforme en animal et se termine au niveau de la queue par une sorte de fleur agressive, en forme de lys, dont le centre est de couleur rouge. Le liseré blanc, ornant la surface intérieure de cette sorte de fleur de lys, symboliserait-il la royauté? Le bleu lapis recouvrant le fond des faces, pourrait évoquer la Sainte Vierge. Le lys n’est-il pas la symbolique de l’abandon mystique à la grâce de Dieu.

Dans la partie supétieure, les cylindres ou douilles surmontant le piédestal pyramidal, sont ornés d'écailles de poissons. Elles peuvent symboliser le Christ, mais elles pourraient également matérialiser l'obstacle qui empêche d'accéder au ciel. Ce qui signifie qu'il faut que les tombent des cieux pour que l'homme atteigne Dieu.

Ces cylindres sont uniformément dorés. La dorure a disparu aux endroits les plus exposés aux préhensions. Deux sphères aplaties, ciselées, ceintes à l'équateur d'une bande de cuivre rouge, sont intercalées entre deux cylindres.

Représentent-ils les mondes cernés, surmontés par la flamme divine? Une influence byzantine semble se dégager de cette oeuvre de 21,5cm de haut. 

Le Musée National du Moyen-âge de Cluny qui en a fait l’expertises’est prononcé pour une date de réalisation de cette œuvre entre les années 1195 et 1225. L’exposition “L’œuvre de Limoges. Émaux limousins du Moyen Age”, qui se tint au Louvre en janvier 1996, confirma cette datation. Le chandelier de Esse est à rapprocher des œuvres exposées dans les vitrines provenant des collections du Louvre et du Metropolitan Museum de New York. Par sa forme, il rappelle la paire de chandeliers datés des années 1180-1190 conservés au Metropolitan Museum, dont la tige cylindrique supportant la bobèche est coupée d’un seul nœud. Ce n’est qu’à la fin du XIIe que la multiplication des nœuds apparaît. Le chandelier d’Esse, par ses deux globes coupant les cylindres, a donc été réalisé après 1190.

 La finesse des dessins et des détails, le mélange des couleurs qui s’harmonisent parfaitement entre elles, font de cette pièce un objet rarissime, n’ayant pu être réalisé que par un artiste exceptionnel, dont l’histoire ignore le nom et possédant la connaissance du travail des moines artistes limousins de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle. Il appartenait probablement à l’école de l’abbaye Saint-Martial de Limoges.



[1] Ces deux objets furent expertisés par le Musé de Cluny, puis présentés en public lors de l’exposition “Millénaire des Ostensions” (juin 1995). Le compte-rendu de l’étude que nous en fîmes fut incorporé à notre rapport de fouilles archéologiques, qui fut adressé au Service Régional de l’Archéologie Poitou-Charentes à Poitiers. Voir Bernard Fabre & Daniel Bernardin, “Esse: Le chandelier divin”, Du Millénaire des Ostentions, Pages 46 à 55 Angoulême, 1995.

Le Chandelier Pascal

Le chandelier pascal, à plateau trípode en bronze rougeâtre, probablement fabriqué au XIVe siècle, d’après le Musée des Beaux Arts de Rouen, possède une forme simple, mais élégante.

Il se présente sous forme d’un plateau circulaire, soutenu par trois pieds, surmonté d’une broche. Le plateau mesure 10,5 cm de diamètre, la broche 13,5 cm de haut pour 2,2 cm dans sa plus grande section. L’ensemble mesure 18 cm de haut, pour un poids de 452 g.

Le Plateau

Le plateau, de forme arrondie, est décoré d’un demi-boudin encadré de deux cercles. Le premier inscrit, se situe en légère dépression, à partir de laquelle la surface remonte à l’approche de la broche, tandis que le second, exinscrit, est en légère surélévation. La surface du plateau, s’incline de ce cercle jusqu’au bord du plateau qui se relève perpendiculairement pour maintenir la cire. La surface offre un aspect poli. Les cercles tracés autour de la broche cassent l’uniformité de la largeur et sont du plus bel effet. Le pourtour du plateau varie d’une épaisseur de 1cm dans sa partie la plus épaisse à l’approche de l’insertion des branches des pieds, à 0,7cm pour sa partie la plus étroite. Ce pourtour se compose d’une surface lisse, s’inclinant vers l’intérieur par rapport à la verticale, et définit un petit rebord décoratif sur la surface supérieure du plateau. La surface inférieure du pourtour forme un bourrelet assez marqué, d’épaisseur variable (de 1cm à 0,5cm), qui s’élargit à l’approche des branches des pieds pour en recevoir les attaches. Ce bourrelet définit une surface en dépression, sur laquelle sont visibles des traces de l’instrument (peigne) ayant étalé le métal.

Sous le plateau, une impression en creux formant une sorte d’épi (orge ou avoine) pourrait être une estampille, à moins que ne se soit tout simplement la vérification du fondeur ayant effectué les tests de densité du métal à l’aide d’une pointe de couteau.

La Broche

Au centre, un trou marque la base inférieure de la broche. Il est décalé, par rapport au centre théorique du cercle, de la surface inférieure du plateau. La broche possède à sa base un renflement qui se désépaissit à l’approche de la surface du plateau. Elle porte des stries perpendiculaires à l’axe, déterminant sur la longueur de petites surfaces de quelques millimètres qui révèlent que cet axe a été limé soit pour ôter les imperfections, soit pour donner à la broche sa forme arrondie. La broche est désaxée et tordue en raison de son lieu de trouvaille. Une forte pression s’exerça certainement sur le chandelier provoquant cette distorsion.

Les Pieds

Les pieds zoomorphes, sont biseautés et se terminent en forme de reptile (serpents ou tortue). Ils ont été soudés après la réalisation du plateau, et possèdent des épaisseurs différentes et même des hauteurs différentes. Ils portent des traces de lime. À cause de leur différence de longueur, la surface du plateau, lorsque l’objet est posé, n’est pas parallèle à la surface de pose. Le pied le plus épais mesure 2,5cm de haut, le plus fin 2,1cm, le dernier 2,3cm. L’épaisseur des branches des pieds sous la surface extérieure du plateau varie de même : la plus épaisse mesure 1,2cm ; le plus fine 0,9cm ; la dernière 1,1cm.

Conclusion

Ce chandelier pascal semble avoir été réalisé en plusieurs étapes. Les défauts artisanaux de fabrication qui se dégagent de la forme du trépied et la représentation serpentiforme des pieds militent en faveur d’une datation relativement ancienne de ce chandelier, au XIVe siècle.

Les Responsables de l’opération archéologique : Daniel Bernardin et Bernard Fabre. Photos: Daniel Bernardin.



Note : "

BIBLIOGRAPHIE

 

Les Eglises de France - Charente (Jean GEORGES)

 

Observations préliminaires sur les restes d’un revêtement d’émail champlevé...

BASHC Limousin 1964 (Marie-Madeleine S. GAUTHIER)

 

Procès-verbal de visite de l’église de Esse : 27 novembre 1747

(Archives départementales Charente 2 E /5515 - Pierre BOULANGER)

 

Devis des réparations à faire à l’église et au presbytère  - Août 1842

 

Relation sur la restauration de l’église de Esse : 24 juillet 1864

 

Cahier paroissial : Années 1906-1910-1912-1920

 

Publication des amis des musées de Poitiers - 1953

 

Catalogue Art Sacré - Confolens - Exposition 1993

 

BSAHL - Tome 32 - Tome 45 - 1894

 

BSAHC - Séance du mercredi 14 novembre 1894  (Abbé HUET)

 

Prospections et Découvertes Archéologiques en Charente

(B. FABRE - D. BERNARDIN)

 

Recueil des lieux-dits de la Charente - BSAHC 1965 (Roger FACON)

 

Un peu d’histoire locale (Pierre BOULANGER)

 

Légendes confolentaises (Jean-Louis QUERIAUD)

 

Confolens sous la IIIe République (Léonid BABAUD-LACROZE)

 

Encyclopédie médiévale (Roger VIOLLET LE DUC)

 

La Route du Sel (Daniel BERNARDIN)

 

Pouillé - Historique du Diocèse d’Angoulême (Abbé J. NANGLARD)

 

Dix Mille Saints - Dictionnaire Hagiographique (BREPOLS)

 

L’œuvre de Limoges - Emaux Limousins du Moyen-Age

(Réunion des Musées Nationaux)

 

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Liens Relatifs


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